Ligament croisé antérieur

Rupture du ligament croisé antérieur (LCA) : symptômes, diagnostic, chirurgie et rééducation

Mise à jour le 31 octobre 2026 – Rédigé par le Dr J. E. Perraudin, chirurgien orthopédiste.

Rupture du LCA : l’essentiel

  • Une rupture du ligament croisé antérieur survient souvent lors d’une entorse avec pivot. Elle peut provoquer douleur, gonflement et instabilité.
  • Le diagnostic associe l’histoire de l’accident, l’examen du genou et une IRM pour préciser les lésions.
  • L’opération n’est pas systématique. La décision dépend notamment de l’instabilité, du projet sportif, du métier et des lésions associées. [1] [2]
  • L'opération (appelée ligamentoplastie) reconstruit le ligament par une greffe tendineuse. La rééducation reste essentielle, avec ou sans opération.
  • Lorsque la chirurgie s'avère nécessaire pour une rupture aiguë isolée, mieux vaut ne pas attendre trop pour réaliser l'opération, pour éviter l'aggravation des lésions.[3]

Faut-il opérer votre rupture du LCA ? Les critères de décision

Comprendre le traitement sans opération · Que faire après l’entorse ?

L’objectif de cette page est de vous donner des repères simples pour comprendre cette lésion, son diagnostic, les indications de chirurgie et les grandes lignes de la rééducation.

Rôle du LCA

Anatomie simple du LCA

Le ligament croisé antérieur (LCA) est l’un des quatre ligaments du genou. Il est situé au centre de l’articulation, entre fémur et tibia. Il contrôle avec le ligament croisé postérieur (LCP), les mouvements de glissement et de rotation du genou. En savoir plus sur l’anatomie et le rôle précis du LCA .

Schéma du ligament croisé antérieur dans l’échancrure fémorale
Schéma du LCA dans l’échancrure fémorale.
Vue de face des ligaments du genou sur modèle anatomique
Vue de face des ligaments du genou sur modèle anatomique.

Stabilité du genou

Le Ligament croisé antérieur empêche le tibia de partir vers l’avant par rapport au fémur et limite la rotation interne de la jambe. Il est particulièrement sollicité lors des prises d’appui, des pivots et des réceptions de saut.

Mécanismes de rupture

La rupture survient lors d'une entorse, d'une torsion du genou, le plus souvent sans contact direct : pivot brutal sur une prise d'appui, changement de direction, réception de saut mal contrôlée. En skiant par exemple, le pied est fixé au ski alors que le corps tourne, ce qui met le genou et le LCA en forte tension avec risque de rupture.

Ce ligament est particulièrement menacé lors des sports dits à pivot et contact comme le foot, le handball, le rugby, le ski, etc.

Symptômes évocateurs rupture LCA

Le craquement initial

Au moment de l’accident, de l'entorse, beaucoup de patients décrivent un “craquement” audible ou ressenti dans le genou, avec douleur vive et impossibilité de poursuivre l’activité.

Gonflement du genou

Dans les heures qui suivent, ou le lendemain matin, le genou gonfle fréquemment : il s’agit d’un saignement à l’intérieur de l’articulation (hémarthrose). Ce gonflement rend l’appui et la flexion douloureux.

Douleur souvent aigue

La douleur est souvent aigue lors du craquement, elle peut ensuite s'estomper et/ou revenir lorsque le genou gonfle. Elle est souvent accompagnée d'une boiterie en flexion.

Il est important de gérer cette entorse en associant médicaments contre la douleur, glacage, et quelques exercices ciblés pour verrouiller le genou pour retrouver rapidement une vie quotidienne normale.

Peut-on marcher avec une rupture du LCA ?

La marche est souvent possible après une rupture isolée du LCA, mais les consignes d’appui dépendent des douleurs et des lésions associées. Une difficulté importante à prendre appui doit conduire à une évaluation médicale. Les aides à la marche et les exercices sont adaptés à votre genou.

Sensation de dérobements

Beaucoup de patients décrivent une sensation de “dérobement” ou de genou qui “lâche”, en marchant. Ceci est souvent, la conséquence de l'inhibition du quadriceps. Marcher le genou raide pendant quelques jours après l'entorse permet de gérer ces dérobements.

Le ligament rompu risque d'entrainer une instabilité par la suite lors de la reprise des activités à pivot

Diagnostic d’une rupture du LCA

Examen clinique

Le diagnostic est souvent fait par l'examen clinique, par un médecin ou un chirurgien habitué à ce type de pathologie. Le test du Lachman fait partie des tests utilisés pour rechercher une rupture du LCA. L’examen clinique guide le recours à l’imagerie. [4]

L'examen clinique permet aussi de tester les autres ligaments du genou

Rôle de l’IRM

L’IRM aide à confirmer le diagnostic lorsque cela est nécessaire et à rechercher les lésions associées. Elle ne remplace ni l’examen du genou ni l’évaluation de sa stabilité avant la reprise du sport.

Elle permet de confirmer la rupture et de rechercher des lésions associées : atteinte des ménisques, d’autres ligaments ou du cartilage.

Entorse grave, rupture partielle ou complète ?

Le terme d’entorse grave du genou, recouvre parfois plusieurs lésions : rupture isolée du LCA, partielle ou complète, ou atteinte de plusieurs ligaments. L’examen clinique et l’IRM permettent de faire la part des choses et d’adapter la prise en charge. Voir cette page sur la rupture partielle du ligament croisé antérieur.

Faut-il opérer une rupture du LCA ?

Une décision fondée sur l'état du genou et vos projets sportifs

Une ligamentoplastie se discute notamment devant une instabilité gênante, un projet de reprise des sports à pivot, un métier exigeant une bonne stabilité ou certaines lésions associées. Être jeune ou actif ne constitue pas, à lui seul, une indication automatique. [1] [2]

Quand peut-on envisager un traitement sans opération ?

Une rééducation avec suivi peut convenir lorsque le genou est suffisamment stable pour les activités souhaitées et que les lésions associées le permettent. Le choix peut être réévalué si des épisodes d’instabilité apparaissent.

Vivre et pratiquer une activité physique sans LCA

Quel délai si une opération est indiquée ?

Pour une rupture aiguë isolée nécessitant une chirurgie, l’AAOS privilégie une reconstruction précoce, car le risque de lésions méniscales et cartilagineuses supplémentaires commence à augmenter dans les trois mois. Ce repère ne signifie pas que toutes les ruptures doivent être opérées. Le calendrier tient compte de l’état du genou et des lésions associées. [3]

La consultation permet de choisir entre les options. Retrouvez les indications, les alternatives et la préparation à la consultation sur la page Faut-il se faire opérer d’une rupture du LCA ?

En quoi consiste la ligamentoplastie du LCA ?

Reconstruire le ligament par une greffe

La ligamentoplastie remplace le ligament rompu par une greffe tendineuse, souvent prélevée chez le patient. Les possibilités comprennent notamment les tendons ischio-jambiers, rotulien ou quadricipital ; le choix dépend du patient et de la technique retenue. L’objectif est d’améliorer la stabilité, sans garantie de retour au même niveau sportif.

Comprendre le déroulement de la ligamentoplastie · Les différentes greffes du LCA

Réparation sans greffe : une option pour certaines ruptures

La réparation cherche à conserver le ligament natif. Elle concerne des situations sélectionnées selon le type de rupture et la qualité des tissus. Les recommandations AAOS de 2022 privilégient la reconstruction lorsqu’une chirurgie est indiquée, en raison du risque de reprise chirurgicale. [3]

La réparation du LCA sans greffe et ses limites

Pourquoi ajouter une plastie de Lemaire ou un geste antérolatéral ?

Un geste latéral peut compléter la reconstruction chez certains patients pour améliorer le contrôle rotatoire et réduire le risque d’échec du greffon. Il n’est pas systématique : l’examen, le niveau de risque et le projet sportif orientent la décision. [3]

Les indications de ténodèse externe, Lemaire et ligament antérolatéral · L’intervention en ambulatoire

Rééducation postop LCA

Les grandes phases

La rééducation associe des exercices personnels expliqués au patient et un suivi adapté avec les professionnels de santé. La progression dépend de la récupération et des gestes associés. Les étapes ci-dessous sont des repères de protocole à valider avec votre chirurgien, et non des autorisations automatiques de reprise :

  • 0–6 semaines : gérer la douleur et le gonflement, récupérer l’extension, la flexion, réveiller les muscles. Cette phase s’appuie beaucoup sur l’auto-rééducation.
  • 3è et 4è mois : renforcement musculaire global avec natation, vélo d'appartement et vélo en extérieur.
  • 4è au 10è mois : la rééducation avec un kinésithérapeute prend toute sa valeur : travail dynamique, proprioceptivité, travail de la réception de saut, réathlétisation, reprise progressive de la course, exercices spécifiques au sport. Les tests musculaires isométriques sont importants pour valider les progrès et la capacité à reprendre le sport.

La page Rééducation après opération du LCA détaille ce programme basé sur une autorééducation post opératoire suivie d'une réathlétisation.

Reprise du sport

La reprise est progressive. La course légère est généralement envisagée vers le 5è mois, puis les sports de pivot sans contact (tennis, paddle, badmington) souvent autour du 9ᵉ mois, tandis que les sports à pivot + contact (foot, hand, etc.) vers le 11ᵉ mois après validation par le second test isocinétique. Ces délais théoriques sont adaptés à votre évolution et aux éventuels gestes associés ; ils ne constituent pas à eux seuls une autorisation de reprise.

La reprise doit tenir compte du délai postopératoire, de la force, des capacités fonctionnelles et de la confiance dans le genou ; le calendrier seul ne suffit pas. [4] [5]

Résultats

La reconstruction vise une meilleure stabilité, mais le retour au niveau sportif antérieur n’est pas garanti. La récupération et le projet de reprise doivent être réévalués au cours du suivi. [4]

Erreurs à éviter

La rééducation ne doit pas être douloureuse, ni pendant la séance (arrêt de l'exercice), ni après la séance (espacement des séances). La page Suites habituelles de l’opération du LCA explique le planning postopératoire et les points de vigilance.

Complications possibles

L'AMI (Arthrogenic Muscle Inhibition) est l'ennemi !

Il s’agit d’une inhibition réflexe du quadriceps qui entrave sa contraction après la blessure ou l’opération. Son repérage et une prise en charge adaptée sont importants. En consultation, avant l'opération, je vous explique les exercices d’autorééducation utiles pour l'éviter.

Votre participation aux exercices est importante ; elle s’intègre à un suivi adapté avec le chirurgien et le kinésithérapeute. Si la contraction du quadriceps reste difficile, une réévaluation permet d’adapter la prise en charge.

Je détaille cette AMI dans la page Inhibition musculaire réflexe.

Vous pouvez prendre un rdv rapide

Raideur (arthrofibrose)

La raideur est une complication redoutée. Un suivi rapproché et une autorééducation adaptée permettent souvent de limiter ce risque ou de le traiter précocement. La question de la raideur est détaillée sur la page Complications possibles de l’opération du LCA.

Parfois un tissu fibreux cicatriciel peut géner l'extension complète (syndrome du cyclope). L'extension passive provoque alors une douleur qui doit le faire rechercher par une IRM.

Infection et phlébite

Ces complications doivent être expliquées avant l’intervention. Leurs signes et la conduite à tenir sont précisés par l’équipe soignante et sur la page des complications.

Laxité persistante

Malgré la reconstruction, une petite laxité résiduelle peut persister. Elle doit être évaluée selon vos activités.

Douleurs antérieures

Les douleurs en avant du genou (par exemple en position à genou) sont plus fréquentes avec certains greffons, notamment le greffon rotulien. Elles sont souvent transitoires mais peuvent persister chez certains patients.

Parlons aussi ici des douleurs antérieures apparues après rééducation forcée et de l'intérêt de l'autorééducation.

Rupture du greffon

Une nouvelle rupture du LCA reconstruit est possible, surtout en cas de traumatisme important ou de reprise trop précoce de sports à risque : Importance de la validation des tests musculaires isocinétiques. Des gestes de révision peuvent alors être discutés au cas par cas.

Une rupture du LCA : que préparer pour la consultation ?

Apportez vos images (le cd si possible) et comptes rendus d’IRM, et les éventuelles radiographies. Précisez vos épisodes d’instabilité, votre métier et les sports que vous souhaitez reprendre. La consultation permet de discuter les options sans vous engager à une opération.

Prendre rendez-vous avec le Dr Perraudin pour une rupture du LCA

Questions fréquentes

Peut-on marcher avec une rupture du LCA ?
Oui, la marche redevient souvent possible après quelques jours, surtout sur terrain plat. Les mouvements de pivot peuvent toutefois provoquer une instabilité. Pour plus de détails, voir la section symptômes de la rupture du LCA et la page Vivre avec un ligament croisé antérieur rompu.
Faut-il consulter rapidement un spécialiste après une entorse du genou ?
Oui
  • Si vous avez une attelle pour savoir si vous pouvez l'enlever !
  • Si vous n'arrivez pas à contracter votre quadriceps,
  • Si votre genou est bloqué,
  • Si on vous a demandé de le faire...
Pour un rdv rapide après une entorse du genou
Faut-il opérer toutes les ruptures du LCA ?
Non. Certaines personnes compensent bien avec rééducation seule. La décision tient compte de l’instabilité ressentie, de l’âge, du type de travail et de votre niveau sportif. Vous pouvez lire Quand faut-il opérer une rupture du LCA ? pour un aperçu plus détaillé.
Quelle technique chirurgicale choisir ?
Il n’existe pas une technique “idéale” pour tout le monde. Le choix se fait en concertation avec votre chirurgien, en fonction de votre profil et de votre projet sportif. Les différences entre greffons sont présentées sur la page consacrée aux greffes du LCA. La greffe la plus utilisée est celle des ischiojambiers (didt ou dt4).
Quand peut-on reprendre le sport ?
On parle généralement d’une reprise progressive : course autour du 5ᵉ mois, sports sans contact (tennis) vers le 8-9ᵉ mois, sports de pivot-contact plutôt vers le 10-11ᵉ mois, après un renforcement musculaire et proprioceptif suffisant et la validation des tests musculaires isocinétiques. Ce calendrier est détaillé sur la page Rééducation après LCA.
Quels sont les principaux risques après l’opération ?
Les risques comprennent notamment l’inhibition musculaire, la raideur, les douleurs persistantes, l’infection, la phlébite, l’instabilité résiduelle et la rupture du greffon. Certains peuvent être graves. Ils sont décrits avec plus de détails sur Complications possibles de la chirurgie du LCA.

Toutes les pages sur le LCA

Références scientifiques françaises et internationales

Les dates et champs d’application sont précisés. Les textes français de 2008 sont complétés par des publications plus récentes.

  1. Haute Autorité de Santé (HAS). Prise en charge thérapeutique des lésions méniscales et des lésions isolées du ligament croisé antérieur du genou chez l’adulte. Juin 2008, section 3.2 : indications de reconstruction. Recommandations élaborées à la demande notamment de la Société française d’arthroscopie (SFA) et de la Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique (SOFCOT). Référence française ancienne, à mettre en perspective avec les publications plus récentes ; elle souligne la place de l’instabilité, des activités et des lésions associées dans la décision. Lire les recommandations HAS (PDF, français).
  2. Petersen W, Häner M, Guenther D, et al. Management after acute injury of the anterior cruciate ligament (ACL), part 2: management of the ACL-injured patient. Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy. 2023;31:1675–1689. Publication initiale en ligne en décembre 2022. doi:10.1007/s00167-022-07260-4. Consensus d’experts européens proposant une aide à la décision partagée selon les caractéristiques du patient et les lésions associées (niveau de preuve V). Il est publié dans la revue de l’ESSKA ; il ne s’agit pas d’une recommandation française ni d’un essai clinique. Consulter la publication (anglais ; résumé accessible, texte intégral selon accès).
  3. American Academy of Orthopaedic Surgeons. Management of Anterior Cruciate Ligament Injuries: Evidence-Based Clinical Practice Guideline. 22 août 2022. Recommandation sur le délai lorsque la chirurgie est indiquée pour une rupture aiguë isolée, et options de prise en charge. Lire les recommandations AAOS (PDF, anglais).
  4. Filbay SR, Grindem H. Evidence-based recommendations for the management of anterior cruciate ligament (ACL) rupture. Best Pract Res Clin Rheumatol. 2019;33(1):33–47. doi:10.1016/j.berh.2019.01.018. Synthèse sur la décision partagée, les stratégies de traitement et la rééducation. Lire l’article intégral (anglais).
  5. Haute Autorité de Santé (HAS). Critères de suivi en rééducation et d’orientation en ambulatoire ou en SSR après ligamentoplastie du croisé antérieur du genou. Recommandations de janvier 2008 ; fiche de synthèse de septembre 2008. Référence française ancienne concernant le suivi après chirurgie et les critères de reprise des activités, à compléter par les données récentes et l’évaluation individuelle. Lire la synthèse HAS (PDF, français).