Ligament croisé antérieur
Entorse du genou au ski : que faire en pratique ?
Mise à jour le – Rédigée par le Dr J. E. Perraudin, chirurgien orthopédiste.
Qu’est-ce qu’une entorse ?
L’entorse du genou peut survenir en skiant, lors d'une torsion ou d'une chute sans déchausser. Le pied bloqué par le ski, le genou peut se tordre lors d'un changement de direction si la fixation ne saute pas.
Les accidents de ski représentent l’une des principales causes de rupture du ligament croisé antérieur, notamment chez les skieurs de loisir [1] [6]. Le souci vient souvent d'un mauvais réglage des fixations [7].
Les entorses du genou en skiant surviennent majoritairement sans collision, souvent lors de chutes à faible vitesse [7], de déséquilibres ou en fin de journée, quand la fatigue s’installe [6].
L'entorse peut être bénigne (simple étirement) ou plus grave, avec rupture du ligament croisé antérieur (LCA) et/ou du ligament latéral interne.
Quand suspecter une entorse ?
Si votre genou craque lors d'une chute à ski, si vous n'avez pas déchaussé, et/ou si le genou gonfle le soir ou le lendemain de la chute, ces symptômes doivent vous pousser à vous faire examiner par un médecin de la station, avant de reprendre les pistes pour éviter une nouvelle chute.
Chez le skieur de haut niveau, un autre mécanisme de rupture du LCA est le "déséquilibre arrière", qui pousse le skieur à chercher à se relever en contractant violemment son quadriceps (accident du "phantom foot" [4].
Le risque principal est la blessure du ligament croisé antérieur et parfois du ligament collatéral médial (ligament interne).
- ❄️ Arrêtez de skier
- 🩺 Consultez le médecin de la station
- 🧊 Glacez le genou
- 🧊 Commencez vos exercices
- 📞 Organisez la suite (IRM / avis spécialisé)
Quels sont les symptômes de l'entorse ?
Les symptômes de l'entorse grave (avec rupture d’un ou plusieurs ligaments) associent généralement :
- Une douleur souvent aiguë,
- Un craquement ressenti, voire audible,
- Une sensation de luxation, d'instabilité ou de « dérobement » du genou,
- Impression que le genou « tourne » ou se dérobe.
Le gonflement peut être rapide ou retardé, le lendemain matin. Il est parfois possible de se relever, voire de skier pour descendre à la station, mais avec une sensation de faiblesse dans le genou. Le gonflement du lendemain doit inciter à la prudence.
Quels ligaments ?
Les deux ligaments les plus souvent atteints au ski sont :
- Le ligament croisé antérieur (LCA),
- Le ligament collatéral médial (interne) : ligament latéral interne.
Consulter le médecin de la station
- Il vérifiera que vous n'avez pas de fracture (radio si besoin),
- Il examinera votre genou,
- Vous fera peut-être faire une radio s'il suspecte une fracture
- Il évoquera probablement une entorse,
- Il immobilisera probablement votre genou dans une attelle,
- Il vous prescrira les médicaments nécessaires pour gérer la douleur (antalgiques),
- Et des anticoagulants pour prévenir une phlébite, fréquente en cas d'immobilisation prolongée par une attelle.
Que faire sur place ?
Être dynamique vous aidera à gérer ce moment délicat.
Rester à la station est souvent possible
Vous reposer et profiter du paysage,...
Quelques séances de kiné sur place ?
Souvent, des kinésithérapeutes sont installés dans les cabinets médicaux des stations.
Profitez-en, s'il vous reste quelques jours de vacances : vous apprécierez cet accompagnement, ne serait-ce que pour démarrer les exercices simples et apprendre à verrouiller votre genou.
Glaçage, médicaments
Glacer votre genou
Le glaçage d'un genou gonflé et/ou douloureux vous soulagera. N'oubliez pas de protéger votre peau avec un linge (torchon, serviette) pour éviter les brûlures.
Prendre les médicaments anti douleurs
Traiter la douleur est utile pour pouvoir faire vos exercices.
Quelques exercices simples
Vous pouvez faire quelques exercices simples, dès maintenant, à la station, en attendant la consultation du spécialiste..
Le gonflement du genou et la douleur poussent à abandonner le genou. Le risque est une inhibition réflexe du quadriceps, qui va entretenir douleurs et boiterie le genou plié. La stimulation de votre quadriceps par quelques exercices, souvent répétés, vous permettra de verrouiller le genou et d'éviter cet écueil.
Si un exercice est un peu douloureux, arrêtez-le, prenez les médicaments pour la douleur, puis ré-essayez plus tard.
Quels examens ?
Après un accident de ski, une radio du genou peut être nécessaire sur place pour éliminer une fracture.
Il faudra ensuite faire une IRM (sans urgence) pour visualiser les ligaments et les ménisques. Vous pouvez prendre un rdv sur doctolib chez un radiologue près de chez vous.
L’attelle
Une attelle vous protège, mais immobilise l'articulation du genou, ce qui aggrave la perte musculaire liée à l'entorse et fait courir un risque de raideur et de phlébite.
Si le médecin de la station vous a posé une attelle, surtout si elle vous empêche de tendre la jambe (attelle dite en flexion), il est logique de voir rapidement un chirurgien pour valider ou non la poursuite de cette immobilisation avec le genou plié.
Un traitement anticoagulant est souvent nécessaire si le genou est immobilisé par une attelle, pour éviter une phlébite.
Il existe un protocole proposé aux médecins de montagne, il y a quelques années par le Dr Delin, radiologue.
Une téléconsultation
En cas de questions, vous pouvez réaliser une téléconsultation à distance avec le chirurgien de votre choix. Il pourra répondre à vos interrogations et vous aider à organiser la suite (IRM, kiné, consultation en présentiel).
Prendre un RDV avec spécialiste
Il est important de prévoir un premier rendez-vous, sans urgence mais dans les deux-trois semaines après votre retour chez vous, avec un médecin du sport ou un chirurgien orthopédiste.
En attendant, vous pouvez continuer à travailler vos exercices.
- Pour qu’il vous examine physiquement et vous donne son avis sur une éventuelle rupture ligamentaire (vous n’avez pas besoin d’avoir déjà fait votre IRM pour ce premier avis).
- Pour qu’il vous aide à gérer votre genou pour retrouver rapidement une vie quotidienne normale.
Vous pouvez aussi grouper les rendez-vous chirurgien et IRM le même jour dans quelques établissements, dont la clinique Maussins Nollet (tel 0142493460 mardi et jeudi pour prendre les deux rdv).
Comment protéger ses genoux au ski ?
Cette étude [1] décrit les blessures observées chez des skieurs consultant directement un médecin de station de ski.
Elle montre que les traumatismes du genou font partie des blessures les plus fréquentes chez les skieurs alpins [2] [3], souvent liés à des chutes sans collision, à vitesse modérée, ou lors de situations banales (déséquilibre, neige difficile).
Beaucoup de blessés sont des skieurs de loisir, parfois en reprise, ce qui souligne l’importance de l’adaptation du niveau, de la préparation physique [5] et de la prudence en début et fin de journée.
Se préparer physiquement
Se préparer physiquement, pendant les deux mois qui précèdent votre séjour, est donc très important . Vélo, piscine, footing seront très utiles. Vous n'êtes pas obligé d’en faire beaucoup, mais il faut commencer ! Progressivement, la forme revenant, vous aurez envie d'en faire plus.
Un bon équipement
De bonnes chaussures
Confortables bien sûr, mais aussi rassurantes : vous devez vous sentir bien tenu au niveau de la cheville. Le talon doit rester collé à la semelle de la chaussure.
Des fixations de ski bien réglées +++
La plupart des ruptures du LCA liées à un mauvais réglage surviennent à petite vitesse, presque à l'arrêt [2]. Si la vitesse est importante, la fixation a plus de chance de lâcher.
Prévenez-le si vous avez des antécédents d'entorse ou d'opération sur les ligaments du genou.
Reprendre le ski après une rupture du LCA
Sans opération
Si vous décidez d'essayer de refaire du ski sans opération, il est important de protéger votre genou par une genouillère articulée dite « 4 points ».
Après une opération du ligament
Une fois votre ré-entrainement validé par les tests isocinétiques, le port de la genouillère « 4 points » vous permettra de une reprise plus confortable; Vous pourrez l'enlever dans un second temps.
Questions fréquentes sur l’entorse du genou au ski
Dois-je arrêter de skier après une entorse du genou ?
Oui, en cas de douleur, de gonflement ou d’instabilité, il est recommandé d’arrêter de skier et de faire examiner votre genou. Continuer à skier sur un genou instable expose à de nouveaux accidents et à une aggravation des lésions, notamment méniscales.
Quand dois-je faire une IRM après une entorse du genou ?
L’IRM n’est pas urgente mais importante dans les jours qui suivent, pour faire le bilan ligamentaire et méniscal, en fonction de l’examen clinique et de l’avis du médecin spécialiste.
Une entorse au ski guérit-elle toujours sans opération ?
La majorité des entorses bénignes guérissent sans chirurgie, avec immobilisation adaptée, glaçage et rééducation. En revanche, une rupture du ligament croisé antérieur ou une entorse grave peut justifier un avis spécialisé pour discuter l’éventualité d’une chirurgie.
Questions fréquentes – Prévenir les accidents de ski (genou)
Comment réduire mon risque d’entorse du genou au ski ?
Le plus efficace est d’agir sur 3 leviers : préparation physique (cuisses + gainage), équilibre / proprioception (réceptions, pivots, changements de direction), et équipement (chaussures adaptées et fixations bien réglées).
La préparation "Renforcement et Proprioceptivité" sert-elle vraiment à éviter une rupture du LCA ?
Oui, une préparation neuromusculaire (contrôle du genou, stabilité, symétrie droite/gauche) est logique pour améliorer la maîtrise et diminuer les gestes à risque. Un programme de prévention centré sur la qualité du contrôle neuromusculaire et la symétrie a été associé à une diminution des ruptures du LCA chez des skieurs. [5]
Vous pouvez aussi lire "comment bien vous préparer pour le ski "
Que dois-je dire au loueur de skis pour le réglage des fixations ?
Soyez factuel : votre niveau réel, votre poids, votre taille, votre âge, et surtout si vous avez un antécédent d’entorse ou de chirurgie du genou. L’objectif est d’avoir une fixation réglée correctement, ni trop “serrée”, ni trop “lâche”.
Quels sont les “mauvais moments” où le risque augmente ?
Classiquement : début de séjour (reprise), fatigue (fin de journée), neige lourde / trafollée, et quand on force un peu pour “suivre le groupe”. Faire une pause et réduire la difficulté des pistes est souvent la meilleure prévention.
Vidéo
Une vidéo de 10 minutes pour vous remuscler abdos, quadriceps, ischios et fessiers avant le séjour
Cette vidéo de Lucile Woodward, validée par le ministère des sports.
Docteur J. E. Perraudin, chirurgien orthopédiste
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Références
- Florenes TW, Nordsletten L, Heir S, Bahr R. Injuries among recreational skiers and snowboarders. Br J Sports Med. 2009;43(7):506–511. PubMed ↩ retour au texte
- Ruedl G, Sommersacher R, Woldrich T, Kopp M, Burtscher M. Factors associated with ACL injury in recreational alpine skiing. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2012;20(4):667–672. PubMed ↩ retour au texte
- LaPorte JD, Bajolle L, Lamy D. ACL injuries in alpine skiing: mechanisms and prevention. Orthop Traumatol Surg Res. 2020. PubMed ↩ retour au texte
- Bere T, Florenes TW, Krosshaug T, et al. Mechanisms of ACL injury in world cup alpine skiing. Am J Sports Med. 2011;39(7):1421–1429. PubMed ↩ retour au texte
- Westin M, et al. Prevention of Anterior Cruciate Ligament Injuries in Alpine Skiing: What Do We Know and Where Do We Go From Here? Front Sports Act Living. 2020;2:11. DOI : 10.3389/fspor.2020.00011 ↩ retour au texte
- Coury T, Napoli AM, Wilson M, Daniels J, Murray R, Milzman D. Injury patterns in recreational alpine skiing and snowboarding at a mountainside clinic. Wilderness Environ Med. 2013;24(4):417–425. DOI : 10.1016/j.wem.2013.07.002 ↩ retour au texte
- Florenes TW, Nordsletten L, Heir S, Bahr R. Injuries among recreational skiers and snowboarders. Br J Sports Med. 2009;43(7):506–511. DOI : 10.1136/bjsm.2008.052076 ↩ retour au texte