Entorse du genou
Rupture du ligament collatéral interne (LLI) du genou
Mise à jour le 13 décembre 2024 – Page rédigée par le Dr J. E. Perraudin, chirurgien orthopédiste.
Qu’est-ce que le ligament interne du genou ?
Aussi appelé ligament collatéral interne, ou LLI, il maintient le fémur contre le tibia sur la face interne du genou. Il peut se déchirer lors d'une entorse en valgus forcé.
Le ligament interne en images
Où se trouve le ligament interne ?
Le ligament collatéral médial (LLI ou ligament interne) se situe sur le côté interne du genou (vers l'autre genou). C'est un ligament assez large, formé de plusieurs faisceaux de fibres. Il maintient les deux os l'un contre l'autre lors des mouvements de valgus forcé (voir ci-dessous).
On peut dire qu'à chaque degré de flexion du genou correspond un paquet (faisceau) de fibres responsable de la stabilité pour ce degré de flexion. Les lésions du ligament seront plus graves si le traumatisme survient sur une jambe tendue.
Symptômes de la rupture du ligament interne
Lors d'une torsion du genou, d'un choc sur l'extérieur du genou, ou lors de la réception d'un saut :
- Craquement,
- Douleur aiguë sur le côté interne du genou (du côté de l'autre genou),
- Sensation de déboîtement du genou vers l'intérieur,
- Gonflement, rapide ou retardé, selon les lésions associées.
La position du genou et le mouvement du corps au moment de l'accident orientent vers le diagnostic de lésion du ligament interne.
Mécanisme de la rupture
Il s’agit d’un traumatisme en valgus forcé : le pied est en appui au sol et le genou subit une pression de l'extérieur vers l'intérieur (valgus), entraînant une mise sous tension du ligament interne, à l'intérieur du genou.
Le ligament interne peut résister (entorse bénigne) ou se rompre (entorse grave). La rupture peut toucher les deux faisceaux du ligament ou un seul faisceau (rupture partielle).
Choc sur la face externe du genou
Lors d'une prise d'appui brutale
Au football, par exemple, pour changer de direction ou lors de la réception d'un saut (après un smash au volley).
Souvent au ski
Lorsqu'un ski se bloque et que le corps tourne autour, le genou se tord, avec le risque d'association d'une rupture du ligament croisé antérieur à la rupture du ligament interne.
Diagnostic de la rupture du LLI
Examen clinique
L'examen clinique permet de faire le diagnostic en recherchant un mouvement anormal, un baillement interne de l'articulation : le médecin maintient le genou et tire doucement la jambe vers l'extérieur (test en valgus forcé) [1].
- Ce baillement, cette laxité, peut n'apparaître que si le genou est fléchi : rupture partielle du ligament interne.
- Il peut exister en flexion et en extension : rupture complète.
Isolée ou non ?
Rarement isolée, la rupture du LLI est souvent associée à une rupture du ligament croisé antérieur.
Le testing du genou permet de rechercher les autres mouvements anormaux, en particulier le test de Lachman, témoignant de la rupture du LCA.
L’IRM précise le diagnostic
Le traitement non chirurgical, « fonctionnel »
Simple et particulièrement efficace
Il évite le plus souvent la réparation chirurgicale [1] [5]. Il permet une cicatrisation efficace des fibres du ligament par une immobilisation dynamique qui diminue le risque d'enraidissement [2].
Si le ligament croisé antérieur est rompu, il ne sera opéré le plus souvent que dans un second temps, en fonction des sports pratiqués et de la demande du patient.
Son principe
Port d'une genouillère ligamentaire articulée [3], avec des renforts latéraux, n'empêchant pas les mouvements de flexion/extension (le genou peut plier et se tendre complètement).
Un protocole strict
Il faut le commencer le plus tôt possible après l'entorse, et éviter +++ une immobilisation prolongée de la jambe par une attelle non articulée.
La genouillère doit être gardée pendant trois semaines jour et nuit, puis trois semaines dans la journée, soit six semaines. Et vous serez content de la remettre quelques temps lors de la reprise des sports.
Vous devez marcher la jambe raide pendant une quinzaine de jours, tout en travaillant beaucoup votre quadriceps et votre flexion avec les exercices habituels d'auto-rééducation.
Traitement chirurgical de la rupture du ligament interne (LLI)
Rarement nécessaire, la chirurgie consiste à suturer ou réinsérer l'extrémité rompue, en associant, ou non, une greffe pour renforcer la suture [4] [5].
Cette opération se fait à ciel ouvert (donc pas sous arthroscopie) par une cicatrice interne (différente de celle de l'opération du ligament croisé).
Ses suites sont souvent un peu longues. La flexion est difficile à récupérer, nécessitant une rééducation prolongée.
Quand la chirurgie est-elle nécessaire ?
Le traitement fonctionnel doit toujours être commencé au plus tôt (traitement de la douleur, genouillère, et auto-rééducation) pour éviter l'enraidissement.
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L'indication dépend :
- Du type de lésion du ligament interne (partielle ou complète),
- De l'association de lésions des ligaments croisés,
- Du profil du patient (sportif ou non, niveau de demande),
- Du morphotype du genou (varus ou valgus, jambes arquées ou en X).
En pratique
Rupture associée du ligament croisé antérieur (LCA)
Si la rupture du LLI est partielle
Traitement par genouillère articulée pour le LLI et reconstruction différée du LCA [6].
Si la rupture du LLI est complète
Après un temps de traitement par genouillère, réévaluation de la laxité.
Si amélioration nette : reconstruction simple du LCA.
Si persistance de la laxité : association des deux opérations dans le même temps (LCA et LLI) [6].
Si avulsion du LLI du tibia +/- LCA
Comme sur l'IRM ci-dessus, il vaut mieux opérer rapidement le genou, chez le patient sportif, réparer et renforcer le LLI +/- reconstruire le LCA.
Si rupture isolée du LLI
Partielle
Traitement par immobilisation dynamique (genouillère articulée).
Complète
La chirurgie est recommandée d'emblée, surtout chez le patient sportif, même si un essai de traitement fonctionnel n’est pas déraisonnable.
Si rupture associée du ligament croisé postérieur
En général, le traitement est plutôt chirurgical chez le sportif, du fait de l’instabilité globale du genou.
Douleurs fréquentes après une rupture du LLI
Des douleurs au niveau de l'insertion haute (sur le fémur) du ligament latéral interne sont fréquentes dans les entorses bénignes : il n'y a pas de laxité à l'examen. Les douleurs sont dues à l'inflammation des fibres non rompues mais étirées lors de l'accident.
Elles peuvent rester inflammatoires et douloureuses pendant quelques semaines, voire plus : d’où l'intérêt de traiter efficacement la douleur dès le début, pour éviter que la situation ne traîne.
Un traitement local par patch autocollant d'anti-inflammatoire peut être utile ; une infiltration locale de corticoïdes est parfois nécessaire (sans trop attendre), si les douleurs empêchent les exercices de rééducation (en particulier, si les douleurs empêchent de tendre la jambe ou de laisser plier le genou).
Genouillère articulée à « 4 points »
Pour reprendre le ski, après une rupture du ligament interne et/ou du ligament croisé antérieur, il est possible d'essayer de reprendre avec une genouillère articulée spécifique (à 4 points).
Refaire de la rééducation proprioceptive avant le séjour de ski est bien sûr une excellente idée pour s’y préparer.
La prévention
La prévention des ruptures ligamentaires est très importante pour les athlètes de haut niveau comme pour nous tous : apprendre à se réceptionner sur un genou en varus et non en valgus fait partie des éléments importants de l'entraînement et de la rééducation du genou traumatisé.
Faire quelques séances avec un kiné-coach, pour vous remettre en forme et reprendre les bons automatismes, est une idée à approfondir.
Autres pages LCA
Autres pages sur le ligament croisé antérieur
Références scientifiques
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Wijdicks CA, Griffith CJ, Johansen S, Engebretsen L, LaPrade RF.
Injuries to the medial collateral ligament and associated medial structures of the knee.
J Bone Joint Surg Am. 2010;92(5):1266-1280.
DOI : 10.2106/JBJS.I.01229
PubMed
À retenir (résumé patient) : revue de référence sur l’anatomie du “complexe médial”, l’examen clinique (bâillement en valgus à 30° vs à 0°), et la logique de prise en charge. Souligne que beaucoup de lésions isolées cicatrisent bien avec traitement fonctionnel, mais que certaines formes (instabilité persistante, lésions combinées) justifient une stratégie plus “chirurgicale”.
↩ retour au texte -
Vosoughi F, Rezaei Dogahe R, Noori A, Ayati Firoozabadi M, Mortazavi SJ.
Medial Collateral Ligament Injury of the Knee: A Review on Current Concept and Management.
Arch Bone Jt Surg. 2021;9(3):255-262.
DOI : 10.22038/abjs.2021.48458.2401
PubMed
À retenir : revue claire sur les grades (I–III), les signes cliniques, la place de l’IRM et les principes de traitement. Met en avant le bon potentiel de cicatrisation du LLI, l’intérêt d’une mobilisation précoce protégée et les situations où il faut suspecter des lésions associées (LCA/LCP, ménisque, structures postéro-médiales).
↩ retour au texte -
Svantesson J, et al.
Rehabilitation of medial collateral ligament injuries—a systematic review.
BMJ Open Sport & Exercise Medicine. 2024;10:e001750.
DOI : 10.1136/bmjsem-2023-001750
PubMed
À retenir : synthèse des données sur la prise en charge non opératoire (genouillère, reprise d’appui, progression des amplitudes, renforcement). Utile pour justifier un message “fonctionnel” : protéger au début, éviter l’immobilisation rigide prolongée, puis rééduquer (force + proprioception) avec critères de progression.
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Lucidi GA, et al.
Current trends in the medial side of the knee: not only medial collateral ligament (MCL).
J Orthop Traumatol. 2024;25(1):69.
DOI : 10.1186/s10195-024-00808-9
PubMed
À retenir : mise au point récente sur le “complexe médial” (LLI + structures postéro-médiales), les mécanismes, et les tendances actuelles : conservateur dans la majorité des cas, mais chirurgie discutée en cas de lésion de haut grade, instabilité persistante, arrachement déplacé, ou contexte multi-ligamentaire.
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Chen L, Kim PD, Ahmad CS, Levine WN.
Medial collateral ligament injuries of the knee: current treatment concepts.
Curr Rev Musculoskelet Med. 2008;1(2):108-113.
DOI : 10.1007/s12178-007-9016-x
PubMed
À retenir : “classique” très pédagogique sur les grades, la conduite à tenir, et les indications rares de chirurgie. Donne un cadre simple : traitement fonctionnel (souvent), IRM si doute/associations, chirurgie surtout si instabilité importante persistante ou lésions complexes.
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Bollier M, Smith PA.
Anterior cruciate ligament and medial collateral ligament injuries.
J Knee Surg. 2014;27:359-368.
DOI : 10.1055/s-0034-1381961
PubMed
À retenir : utile pour votre page car le LLI est souvent associé à une rupture du LCA. Discute l’évaluation (clinique + IRM, parfois clichés en stress) et les stratégies : laisser cicatriser le LLI sous protection puis reconstruire le LCA, versus réparer/reconstruire le plan médial dans certains profils (instabilité en extension, arrachement tibial déplacé, lésions profondes).
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