Entorse grave du genou

Rupture du ligament collatéral externe (LLE) du genou

Mise à jour le 18 décembre 2025 – Page rédigée par le Dr J. E. Perraudin, chirurgien orthopédiste.

La rupture du ligament collatéral externe est rare mais grave et met en jeu l’avenir sportif. Elle nécessite en général un traitement chirurgical précoce.

Ligament externe : anatomie simple.

Pourquoi la rupture du ligament externe est-elle grave ?

La rupture du ligament collatéral externe est grave et met en jeu l'avenir sportif. Elle nécessite le plus souvent un traitement chirurgical dans les trois premières semaines après l'accident.

Si l'examen clinique comparatif des deux genoux est essentiel, il doit être complété par une IRM et des clichés dynamiques (testing radiologique) au moindre doute.

Anatomie du ligament collatéral externe

Le ligament latéral externe s'attache sur le fémur en haut et sur le péroné en bas. Il protège le genou contre les mouvements de varus forcé (genou qui part vers l’extérieur).

Image irm du ligament collatéral externe de face sur un genou droit
Image irm du ligament collatéral externe de face sur un genou droit, avec ses attaches sur le fémur et la tête du péroné (flèches)
Schéma des ligaments du genou
Modèle plastique avec les ligaments croisés au centre et les ligaments interne à droite et externe à gauche

Mécanisme de rupture

Le mécanisme classique est un choc sur la face interne du genou, le pied étant fixé au sol, ce qui crée un mouvement de varus forcé.

Choc en varus forcé sur le genou
Choc sur la face interne : varus forcé du genou : mécanisme de rupture du LLE.

Sa rupture isolée est très rare. Elle est le plus souvent associée à la rupture du ligament croisé antérieur ou du ligament croisé postérieur.

Sa rupture peut aussi entraîner celle du tendon poplité, qui est le prolongement du muscle poplité situé en arrière du tibia. Ce tendon se fixe sur le fémur juste à côté de l'insertion du LLE.

Diagnostic de la rupture du ligament externe

Diagnostic clinique par le chirurgien

En testant doucement le genou (c’est indolore si le patient est relâché), le chirurgien recherche un mouvement anormal : il maintient le genou et tire le pied vers l'autre genou pour mettre en évidence une laxité externe.

Une augmentation de la mobilité du côté blessé, en comparant les deux côtés, est en faveur d'une atteinte du ligament externe.

Si la laxité est nette à l'examen, elle est d'ailleurs souvent ressentie par le patient lui-même.

Ce testing n'est pas toujours simple et le doute peut subsister, même dans des mains exercées. Il n’est pas rare de demander l'avis d'un collègue chirurgien pour un examen à quatre mains.

IRM : utile mais parfois trompeuse

Quand le doute persiste cliniquement, l'IRM est demandée, mais dans ce contexte précis elle peut être peu performante [1].

C'est un des rares cas où la clinique (l'examen du genou) reste prioritaire sur l'IRM en cas de doute. Il est alors logique de compléter par un testing comparatif sous contrôle radiologique.

Testing radiologique de la laxité externe

Ce testing radiologique comparatif peut être très utile : si le patient se laisse faire, il met en évidence un baillement, un écart anormal entre les deux os du côté lésé par rapport au côté sain.

C’est une image objective que l’on peut mesurer, archiver et discuter en réunion de staff entre chirurgiens.

Laxité externe : testing radiologique
Testing radiologique de la laxité externe du genou [2] [3] [4] [5].

En cas de doute persistant

En cas de doute persistant, le chirurgien peut être amené à explorer chirurgicalement le ligament externe pour le vérifier et le réparer le cas échéant.

En effet, passer à côté d'une rupture du ligament externe du genou est grave pour l'avenir du genou.

Ces lésions (LLE et tendon poplité) sont donc recherchées systématiquement lors d'une entorse grave du genou.

Traitement de la rupture du ligament externe

Un traitement le plus souvent chirurgical

Les ruptures du LLE nécessitent en général un geste spécifique de réparation ou de reconstruction par plastie. Les restes du LLE, lorsqu'il est rompu, sont souvent dilacérés et leur simple suture s'avère le plus souvent insuffisante.

L'intervention est réalisée le plus souvent dans le même temps que la reconstruction du ligament croisé rompu (antérieur ou postérieur) [6] [7] [8]. Elle nécessite une immobilisation prolongée (2–3 mois) par attelle post-opératoire articulée.

Gravité des entorses en varus

Ces entorses, où le LLE et/ou le tendon poplité sont rompus, sont graves. La reconstruction isolée peut ne pas suffire, en particulier sur les genoux en varus (jambes arquées).

Il est alors souvent question de réaliser, sur ces genoux, une ostéotomie de valgisation pour diminuer la tension ligamentaire en externe et protéger la réparation.

Docteur J.E. Perraudin

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Références scientifiques

  1. Li X, Hou Q, Zhan X, Chang L, Ma X, Yuan H. The accuracy of MRI in diagnosing and classifying acute traumatic multiple ligament knee injuries. BMC Musculoskelet Disord. 2022;23(1):43. PubMed DOI : 10.1186/s12891-021-04976-1
    À retenir (patient) : même si l’IRM est très utile, sa performance peut être moyenne pour certains ligaments périphériques (dont le LCL/LLE), surtout en cas d’entorse grave avec plusieurs ligaments atteints. D’où l’intérêt de croiser clinique + imagerie + tests objectifs. ↩ retour au texte
  2. LaPrade RF, Heikes C, Bakker AJ, Jakobsen RB. The reproducibility and repeatability of varus stress radiographs in the assessment of isolated fibular collateral ligament and grade-III posterolateral knee injuries. J Bone Joint Surg Am. 2008;90(10):2069-2076. PubMed DOI : 10.2106/JBJS.G.00979
    À retenir (patient) : les radios “en contrainte” (varus forcé) donnent une mesure objective de l’ouverture latérale. L’étude propose des repères chiffrés utiles pour suspecter une rupture complète du LLE/LCL et/ou une lésion plus large du coin postéro-latéral. ↩ retour au texte
  3. Kane PW, Cinque ME, DePhillipo NN, Moatshe G, LaPrade RF. Fibular Collateral Ligament: Varus Stress Radiographic Analysis Using 3 Different Clinical Techniques. Orthop J Sports Med. 2018;6(5):2325967118770170. PubMed DOI : 10.1177/2325967118770170
    À retenir (patient) : confirme l’intérêt pratique des clichés en varus, et compare plusieurs méthodes de mesure (bonne reproductibilité). Utile quand la clinique/IRM laisse un doute. ↩ retour au texte
  4. James EW, Williams BT, LaPrade RF. Stress radiography for the diagnosis of knee ligament injuries: a systematic review. Clin Orthop Relat Res. 2014;472(9):2644-2657. PubMed DOI : 10.1007/s11999-014-3470-8
    À retenir (patient) : revue qui synthétise les techniques de “stress radiographs” pour quantifier la laxité. Message clé : c’est un excellent complément objectif à l’examen clinique, mais les méthodes doivent être standardisées. ↩ retour au texte
  5. DePhillipo NN, Kane PW, Engebretsen L. Stress Radiographs for Ligamentous Knee Injuries. Arthroscopy. 2021;37(1):15-16. PubMed DOI : 10.1016/j.arthro.2020.11.001
    À retenir (patient) : mise au point courte : les radios dynamiques/stress sont rapides, objectives, et très utiles quand l’IRM ne suffit pas à expliquer une instabilité (dont l’instabilité latérale). ↩ retour au texte
  6. Chahla J, et al. Posterolateral corner of the knee: an expert consensus statement on diagnosis, classification, treatment, and rehabilitation. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2019;27(8):2520-2529. PubMed DOI : 10.1007/s00167-018-5260-4
    À retenir (patient) : consensus international : une rupture du LLE est souvent incluse dans une atteinte “postéro-latérale”. Le texte insiste sur la combinaison examen clinique + imagerie + mesures objectives, et sur l’importance de traiter les lésions associées. ↩ retour au texte
  7. LaPrade RF, Johansen S, Wentorf FA, Engebretsen L, Esterberg JL, Tso A. Fibular collateral ligament anatomical reconstructions: a prospective outcomes study. Am J Sports Med. 2010;38(10):2005-2011. PubMed DOI : 10.1177/0363546510370200
    À retenir (patient) : étude prospective sur la reconstruction anatomique du LLE/LCL (FCL). Montre une amélioration de la stabilité et des scores fonctionnels, ce qui soutient l’option chirurgicale en cas de rupture complète/instabilité. ↩ retour au texte
  8. Moulton SG, Matheny LM, James EW, LaPrade RF. Outcomes following anatomic fibular (lateral) collateral ligament reconstruction. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2015;23(10):2960-2966. PubMed DOI : 10.1007/s00167-015-3634-4
    À retenir (patient) : résultats cliniques après reconstruction anatomique du LLE/LCL. Amélioration nette des scores et satisfaction élevée à moyen terme, y compris quand la chirurgie est associée à une reconstruction du LCA. ↩ retour au texte