Entorse du genou

Protocole Delin : Immobilisation par attelle en flexion après entorse de ski

Page revue le 27 décembre 2025 – Rédigée par le Dr J. E. Perraudin, chirurgien orthopédiste.

Sur cette page, nous allons nous intéresser à un protocole d'immobilisation prolongée du genou, en flexion, par une attelle, après un accident de ski, pour favoriser la cicatrisation [2] d'une rupture du ligament croisé antérieur (LCA).

Ce protocole ne peut être proposé que :

Nous verrons les inconvénients de cette immobilisation prolongée, et comment la difficulté pour obtenir une IRM rapide et un rendez-vous rapide avec un chirurgien peut entraîner une immobilisation prolongée et surtout inutile.

Si la pose systématique d'une attelle pour protéger le genou dans une station de montagne est pratique, il faut pouvoir rapidement consulter un spécialiste pour faire le point sur le genou, et valider, ou non, la poursuite de l'immobilisation.

Car la question est de savoir si prendre le risque de cette immobilisation en vaut la peine.

En effet, si le chirurgien vous fait sentir un mouvement anormal, un signe de Lachman, en vous examinant (c'est indolore), le ligament est rompu et l'immobilisation ne changera pas grand chose sur l'état du ligament mais n'est pas sans conséquence pratique.

A l'opposé, une protection par une genouillère articulée est recommandée, est celui d’une rupture isolée ou associée du ligament interne (collatéral médial). Cette genouillère ne bloque pas la mobilité du genou.

Le protocole Delin

A partir d'une étude IRM

Une étude a été réalisée à la clinique des Maussins Nollet, par un radiologue, le Dr P. Delin [1] : il a montré que dans certains cas, une cicatrisation du LCA pouvait avoir lieu avec un protocole d'immobilisation prolongée.

Cette configuration reste rare !
  • Genou sans laxité à l'examen clinique,
  • Avec un aspect de « bout à bout » des deux fragments du ligament sur une IRM en diffusion
  • Sans contusion osseuse sur l'IRM

On parle alors de rupture intra-ligamentaire.

Avec des résultats divers

Car la rupture pouvait se compléter par la suite, avec les risques méniscaux liés à cette nouvelle entorse, et nécessiter [3] quelques mois plus tard l'opération habituelle…

Information importante

Le traitement conservateur par immobilisation prolongée d'une rupture du ligament croisé antérieur, parfois appelé protocole de Delin, peut se discuter au moment de l'accident. Mais il faut attendre le résultat de l'examen clinique et de l'IRM pour envisager sa poursuite, en pesant le pour et le contre.

Il ne correspond pas à une prise en charge habituelle et ne concerne qu’un nombre limité de patients

Quels sont les risques de ce protocole ?

Ce sont d'abord ceux d'une immobilisation prolongée, nécessitant un traitement anticoagulant pour éviter l'apparition d'une phlébite.

L'immobilisation prolongée

On parle ici d'une immobilisation de 6 semaines et plus ! Elle entraîne :

  • Une perte musculaire
  • Un risque de phlébite, d'où le traitement anticoagulant
  • Un risque de perte de la flexion
  • Un risque de perte de l'extension, plus difficile à récupérer, entraînant une boiterie en flessum, avec le genou plié
  • Un risque de douleurs liées à l'amyotrophie, à la marche en flessum, à la rééducation, etc.

Trois problèmes pratiques peuvent se poser :

  • Rendez-vous difficile à obtenir pour l'IRM : le genou reste immobilisé…
  • Difficultés pour obtenir un rendez-vous rapide en chirurgie,
  • Difficultés pour obtenir un rendez-vous rapide en kinésithérapie,

Et bien sûr, il faut parler du handicap du patient ou de la patiente, lié au port de cette attelle.

Il faut donc une fois rentré(e) à la maison, réaliser rapidement une IRM et voir un spécialiste,  : si les critères ci-dessus ne sont pas respectés, mieux vaut arrêter cette immobilisation.

N'attendez pas !

Prenez rapidement un avis spécialisé, sans attendre le rendez-vous d'IRM, auprès d'un médecin du sport ou d'un chirurgien orthopédiste.

Il rechercherera un mouvement anormal lors du testing de votre genou. Si ce mouvement anormal est net (Lachman), la rupture complète du LCA est confirmée et ce protocole devient inutile.

Intérêt de ce protocole ?

Rappelons que
  • Si la laxité est faible,
  • Si la patiente ne pratique pas de sport à pivot autre que le ski,,
il n'y a aucune raison de se faire opérer d'emblée [4].

Le risque, sans opération, reste de voir apparaître une instabilité par la suite. [3]

Le traitement de l'entorse peut être fonctionnel, dynamique, sans immobilisation, pour permettre de retrouver rapidement une vie quotidienne normale.

L'autre possibilité est de se lancer dans un traitement par immobilisation sur plusieurs semaines, mais le risque d'instabilité persiste par la suite.

Notez que la reprise du ski de loisir reste a priori possible sans opération, grâce à une attelle spécifique (dite à « 4 points »).

Dans ces traitements sans opération, la chirurgie ne se discutera qu'en cas d'instabilité apparaissant par la suite .

Vivre sans ligament croisé antérieur

Pourquoi cet article ?

Nous voyons, chaque saison de ski, en consultation, souvent des femmes, autour de 40 ans, à qui l'attelle articulée a été posée et qui, n'ayant pas trouvé de rendez-vous de chirurgien et/ou d'IRM (distance, disponibilité, pas d'IRM de diffusion, etc.), se retrouvent toujours immobilisées plusieurs semaines après leur accident, parfois sans anticoagulants (avec le risque d'une phlébite), et avec un genou douloureux à force de boiter…

En conclusion

Après une entorse au ski, prenez un avis chirurgical rapidement, sans forcément attendre d'avoir fait l'IRM si le délai est long par chez vous.

vous pourrez prendre votre décision, sans urgence, en fonction de vos ambitions sportives (reprise d'un sport à pivot), ou de l'apparition d'une sensation d'instabilité par la suite

Docteur J.E. Perraudin, chirurgien orthopédiste, Paris

Docteur J.E. Perraudin

Questions fréquentes

Le ligament croisé antérieur peut-il vraiment cicatriser sans opération ?

Dans la majorité des cas, le ligament croisé antérieur ne cicatrise pas spontanément. Toutefois, dans des situations très particulières, lorsque les fragments du ligament restent alignés sur l’IRM et qu’il n’existe pas de laxité clinique significative, une cicatrisation est parfois observée avec ou sans traitement conservateur.

Le protocole de Delin est-il un traitement habituel ?

Non. Le protocole de Delin ne correspond pas à une prise en charge standard. Il concerne un nombre très limité de patients et repose sur des critères cliniques et radiologiques précis. Dans la majorité des ruptures du ligament croisé antérieur, la chirurgie reste le traitement de référence.

Pourquoi une attelle en flexion est-elle parfois proposée après une entorse au ski ?

En station de ski, une attelle peut être posée par précaution afin de protéger le genou. Cette immobilisation doit toutefois rester transitoire et être réévaluée rapidement par un spécialiste, après examen clinique et, si besoin, une IRM.

Quels sont les risques d’une immobilisation prolongée du genou ?

Une immobilisation prolongée entraîne une perte musculaire, une raideur articulaire, un retard de récupération, ainsi qu’un risque de phlébite nécessitant un traitement anticoagulant. C’est pourquoi elle ne doit être poursuivie que si elle est réellement justifiée.

Faut-il attendre l’IRM avant de consulter un spécialiste ?

Non. Un examen clinique réalisé par un médecin du sport ou un chirurgien orthopédiste permet souvent d’orienter rapidement le diagnostic. En cas de laxité nette du genou, le port prolongé de l’attelle semble inutile.

Si je ne suis pas opéré(e), pourrai-je reprendre le ski ?

Dans certains cas, la reprise du ski est possible avec une attelle articulée, spécifique (dite à 4 points), notamment chez les patients sans instabilité du genou et ne pratiquant pas d’autres sports à pivot. La décision doit être individualisée.

Quand faut-il finalement envisager une opération du ligament croisé antérieur ?

Une intervention chirurgicale se discute en cas d’instabilité persistante, de gêne fonctionnelle dans la vie quotidienne ou sportive, ou de lésions associées. Cette décision se prend sans urgence, après discussion avec le chirurgien.

Références scientifiques

Certaines références sont en anglais, mais vous pouvez en obtenir une traduction automatique via votre navigateur.

  1. Delin C. Étude de la cicatrisation des ruptures complètes du ligament croisé antérieur par IRM en diffusion. Journée Clinique Nollet. Paris; 2015. ↩ retour au texte
  2. Fujimoto E, Sumen Y, Ochi M, Ikuta Y. Spontaneous healing of acute anterior cruciate ligament injuries: conservative treatment using an extension block soft brace without anterior stabilization. Arch Orthop Trauma Surg. 2002;122(4):212-216. DOI : 10.1007/s00402-001-0387-y PubMed ↩ retour au texte
  3. Jacobi M, Reischl N, Rönn K, Magnusson RA, Gautier E, Jakob RP. Healing of the acutely injured anterior cruciate ligament: functional treatment with the ACL-Jack brace. Adv Orthop. 2016;2016:1609067. DOI : 10.1155/2016/1609067 PubMed ↩ retour au texte
  4. Filbay SR, et al. Healing of acute anterior cruciate ligament rupture on MRI following non-surgical management with the Cross Bracing Protocol. Br J Sports Med. 2023. PubMed ↩ retour au texte
  5. Costa-Paz M, Muscolo DL, Ayerza MA, Makino A. Spontaneous healing in complete ACL ruptures: a clinical and MRI study. Clin Orthop Relat Res. 2012;470(4):979-985. DOI : 10.1007/s11999-011-2176-0 PubMed ↩ retour au texte
  6. Previ L, et al. Spontaneous healing of a ruptured anterior cruciate ligament: a case series and literature review. J Exp Orthop. 2023;10:7. DOI : 10.1186/s40634-023-00570-4 PubMed ↩ retour au texte