Qu'est-ce qu'une douleur rotulienne ?

Mise à jour le 27 avril 2020

La douleur de genou la plus fréquente est la douleur de rotule, ou syndrome rotulien, ou douleur antérieure (devant le genou). Elle est souvent prise en charge par le médecin généraliste au début. Si la douleur traine (surtout si elle est accompagnée d'une boiterie), il est logique de se faire prendre en charge par un médecin du sport ou un rhumatologue.

Qu'est-ce qu'une douleur rotulienne?

La douleur rotulienne ou syndrome rotulien, regroupe un ensemble de symptômes liés à la souffrance du cartilage de la rotule (chondropathie). Ces symptômes sont aussi divers que douleurs, craquements, blocages, dérobements, etc. L'évolution et l'intensité des symptomes sont très variables . La gène apparaît souvent après un changement de rythme, un traumatisme, une intervention chirurgicale.

Pas de parallèlisme

Pas de relation étroite entre l'intensité des douleurs et l'importance de la lésion du cartilage

Les douleurs et ses conséquences peuvent être importantes alors que le cartilage ne présente pas de lésion importante; la lésion du cartilage, lorsqu'elle existe, s'appelle une chondropathie. A l'opposé, un patient porteur d'une usure évoluée du cartilage des deux rotules (arthrose) peut ne pas être gêné ou n'être gêné que par un seul des deux genoux : il n'y a pas de parallélisme entre les lésions et la gène ressentie. Une jeune fille peut être très gênée alors que son cartilage est normal sur l'IRM.

Où se situe la douleur?

Elle est caractéristique si elle se situe devant le genou, autour de la rotule (le patient met sa main devant le genou); Elle est aussi souvent sous la rotule, à "l'intérieur", ou sur le côté interne de la rotule. Variable, elle est souvent dite comme "difficile à localiser", etc. ( ce que les patients disent de leurs douleurs rotuliennes.)

Pourquoi apparaît un syndrome rotulien ?

Ces douleurs autour de la rotule, devant le genou, apparaissent en général après un changement de rythme (augmentation ou diminution de l'entrainement chez le sportif, ascenseur en panne, prise de poids ou déménagement pour tout le monde...) ou après un traumatisme, un choc sur le genou ou une entorse  par exemple).

Facteurs favorisants

Ils sont nombreux mais il faut s'intéresser aux facteurs sur lesquels nous pouvons avoir une action:

Le terrain

La rotule est un maillon du système extenseur du genou : le quadriceps (le muscle de la cuisse) se fixe sur la rotule, elle-même attachée au tibia par le tendon rotulien. La contraction du quadriceps tire la rotule vers le haut et en l'appliquant sur le fémur entraîne l'extension de la jambe.

On peut dire que chacun a son équilibre entre quadriceps et ischiojambiers et que cet équilibre est adapté à son activité.

Si les tendons ischio-jambiers sont raides, ils résistent à l'extension et le quadriceps doit tirer plus fort sur la rotule ce qui augmente donc la pression sur le cartilage rotulien.

La rotule est donc prise en "sandwich" entre le quadriceps et les ischiojambiers.

Le changement de rythme 

On retrouve très souvent un changement de rythme physique (choc, traumatisme du genou, surentraînement, reprise de l'entrainement , changement de chaussures, intervention chirurgicale sur un membre inférieur, déménagement, ...) qui fragilise l'équilibre entre les systèmes extenseur(quadriceps) et fléchisseur (ischiojambiers).

Le cercle vicieux de la boiterie

Lorsque le cartilage rotulien devient sensible, la contraction du quadriceps sur le genou plié provoque la douleur et nous avons alors tendance à boiter le genou plié sans contracter les muscles : le quadriceps ne peut alors fonctionner normalement et il perd de son volume en quelques jours, ce qui aggrave le déséquilibre et les douleurs.

Le diagnostic de syndrome rotulien

Il repose sur l'analyse des symptomes que vous décrivez.

Il repose sur le dialogue de début de consultation et l'examen clinique par le médecin. C'est la description de vos douleurs qui oriente vers ce diagnostic.

L'examen clinique, en examinant vos genoux et leur fonctionnement, repère des arguments en faveur du syndrome rotulien (douleur antérieure retrouvée en flexion forcée et si contraction du quadriceps).

La recherche d'éléments en faveur d'un problème associé (menisque, ligament...) est importante, d'autant que ce problème peut nécessiter une opération chirurgicale : exemple de la lésion méniscale (mobile, mécanique) qui fait boiter, entrainant une perte de force du quadriceps puis des douleurs antérieures rotuliennes...

Les examens complémentaires pour éliminer autre chose

Si la douleur de votre genou traîne, malgré vos efforts, il est logique d'aller plus loin et de vérifier si un autre problème ne se cache pas derrière la douleur de rotule.

  • Radiographies, IRM, arthro-scanner... ne sont éventuellement prescrits que dans le but de rechercher un autre problème (lésion méniscale ou ligamentaire associée) qui pourrait nécessiter un traitement spécifique.
  • L'irm n'apporte pas la preuve d'un syndrome rotulien : elle peut être complètement normale ( ex de la jeune fille de 15 ans) ou au contraire montrer des chondropathies au niveau de la rotule et de la trochlée. Ces chondropathies sont définitives et anciennes : elles peuvent exister depuis des mois ou des années; les douleurs, elles, peuvent être récentes. Je rappelle qu'il n'y a pas de parallèlisme entre l'importance des chondropathies et l'intensité de la gène ressentie.
  • Le traitement : jamais chirurgical

  • La douleur rotulienne est liée à un problème fonctionnel. Il n'y a rien à réparer ou enlever pour améliorer un syndrome rotulien; il n'y a donc rien du domaine du chirurgien !
  • Prise en charge par le génératiste le plus souvent

    Dans un premier temps, il faut associer le traitement de la douleur et les exercices d'auto-rééducation.

    Si le résultat vous parait insuffisant

    Continuez médicaments et exercices et prenez rendez-vous avec un médecin du sport ou un rhumatologue. Il vous prendra en charge et vous parlera des autres traitements à votre disposition (infiltration et viscosupplementation).

    Le "risque" de trouver sur l'IRM une lésion méniscale banale
    Fissure dégénérative du ménisque interne
  • Le "risque" de l'IRM est en effet de découvrir une fissure du ménisque et d'attribuer trop facilement les douleurs à cette fissure avec une arthroscopie à la clé. Seules les fissures détachant partiellement un morceau du ménisque (Languette ou anse de seau) nécessiteront probablement un geste chirurgical. La fissure dégénérative est le plus souvent banale et indolore.

Il est donc peu utile de consulter un chirurgien, sauf si votre médecin ou le radiologue vous le conseille. La chirurgie ne devrait avoir aucune place dans un syndrome rotulien. C'est au  médecin du sport (ou au rhumatologue) qu'il faut s'adresser.

Il confirmera l'absence d'indication chirurgicale et vous guidera pour le traitement. Votre médecin généraliste pourra ensuite prendre le relai si besoin.

L'amélioration est très fréquente lorsque l'on s'occupe de son genou en pratiquant les exercices expliqués.

Pourquoi l'auto- rééducation dans les douleurs de rotule?

L'idée de l'auto-rééducation est de faire face au problème du genou en s'engageant à faire très régulièrement quelques exercices simples et peu douloureux. Ces exercices vont vous permettre de reprendre le contrôle du genou (en remplacant la boiterie "pliée" par une boiterie volontaire "tendue" par exemple).Il s'agit de "cocooner" votre genou au quotidien, de vous en occuper. (auto-rééducation guidée)

Les étirements des ischio-jambiers

La faiblesse du quadriceps entraîne la prédominance des muscles fléchisseurs du genou (les ischio-jambiers) qui peuvent devenir douloureux (douleur derrière le genou).

Cette raideur des fléchisseurs augmente le travail de l'extenseur (le quadriceps) lors de la marche (à plus forte raison lors de la montée et la descente des escaliers).

La rotule se retrouve coincée entre les deux systèmes, extenseur et fléchisseur, ce qui augmente la pression sur le cartilage rotulien et donc les douleurs.


Le risque de dérobement

De la même façon, en fin de journée, le genou peut se dérober, flotter (impression de faiblesse), fléchir, partir en avant.

Il peut aussi partir vers l'arrière. Ceci est dû à un réflexe :

  • Le genou plie, lâche dans un premier temps .
  • Mais, immédiatement, le cerveau s'oppose à ce réflexe local qui risque d'entrainer la chute, et oblige le quadriceps à se contracter brusquement : le genou repart vers l'arrière avec à la fois une douleur devant le genou et l'impression que le genou s'effondre vers l'arrière.
  • Si votre genou se dérobe en arrière, vous reconnaîtrez cette description.
  • Notons qu'un dérobement du genou dans l'escalier risque de vous compliquer la vie ; si vous êtes sujet à ces épisodes de "dérobement", il est recommandé de tenir la rampe lors de la descente des escaliers.
  • Risque de sensation de blocage douloureux

  • Ce contact douloureux peut aussi entraîner un  blocage du genou par la contraction de tous vos muscles. Ce blocage douloureux va céder avec le repos, les anti-inflammatoires et l'auto-rééducation douce.

Les principes de la rééducation :

  • Etirements (+++) des différents muscles et tendons du genou en insistant surtout sur les ischio-jambiers (muscles fléchisseurs du genou). Il faut apprendre ces exercices d'étirements et prendre l'habitude de les faire chaque jour.(une minute si vous êtes pressés , cinq minutes sinon et pour les 50 ans qui viennent...
  • Travailler le quadriceps en isométrique: Ecrase coussin(avec et sans coussin)

La piscine : une bonne activité physique consiste à nager en faisant des battements de crawl dans l'axe (crawl, dos crawlé pour s'échauffer puis  sans les bras avec ou sans planche).

pédalier d'appartement pour renforcer son quadriceps sans douleur

Le pédalier d'appartement est un bon outil pour travailler ses muscles tout en respectant la rotule (sans résistance et en restant progressif ++).

Puis, lorsque vous vous en sentirez capable, reprenez les activités que vous aimez, sans chercher la douleur et avec une idée essentielle : être progressif dans la reprise +++. Si la douleur revient, il vaut mieux arrêter et reprendre vos exercices et ré-essayer plus tard.

Dans la vie quotidienne en période douloureuse:

  • Prenez des médicaments pour traiter la douleur (paracetamol 500 dans la journée ou la nuit, ains le soir si besoin)
  • Evitez temporairement les gestes qui font "mal" jusqu'à l'amélioration de votre douleur. Notez que les douleurs sont souvent au repos après l'effort.
  • Essayez de porter une genouillère souple, à votre taille +++, avec ouverture devant la rotule (genouillère rotulienne).
    • Ne boitez pas "fléchi" en esquivant l'appui, mais marchez le genou verrouillé en extension active, en prenant appui sur votre pied. Ceci permet de mettre au repos la rotule, de faire travailler son quadriceps, d'étirer les muscles postérieurs et d'éviter les dérobements. Et ceci à chaque pas...

Lorsque vous irez mieux, il faut se méfier:

  • du piétinement, de la descente des escaliers
  • se méfier de la brasse avec les jambes (à éviter si votre genou est douloureux)
  • se méfier des randonnées en montagnes (la montée se passe bien, la descente est douloureuse; intéret des batons téléscopiques...)
  • se méfier du vélo, certains le supporteront très bien (si progressif), d'autres non. Jamais de pédalage en danseuse; restez assis sur la selle.

Et la genouillère ?

En pratique, l'expérience montre que le patient souffrant de douleurs rotuliennes se sent mieux lorsqu'il porte une genouillère souple avec une ouverture devant pour la rotule.

Attention à bien choisir la bonne taille, celle dans laquelle vous êtes bien. Essayez !

Docteur Jean Etienne Perraudin

Retourner en haut