Genou douloureux
Fissure du ménisque, anse de seau, blocage : quelles lésions opérer ?
Mise à jour le 19 décembre 2025 – Rédigé par le Dr J. E. Perraudin, chirurgien orthopédiste.
Parfois, elle peut être liée à un traumatisme, et elle peut alors être complète et détacher une « languette ». Cette languette est souvent responsable des douleurs ressenties.
J'espère que cette page vous aidera à y voir plus clair.
C'est le rôle du chirurgien de faire, ou non, le lien entre vos douleurs et la lésion méniscale.
Il ne faut pas opérer les lésions méniscales dégénératives. Seules les lésions traumatiques, mécaniques, du ménisque (les languettes) peuvent être opérées. Voyons cela plus en détail.
Le ménisque ?
Les ménisques sont une structure amortissante, fibrocartilagineuse, élastique : posés sur le cartilage du tibia, en forme de croissant, ils reçoivent le poids des condyles du fémur. (schémas d'anatomie ci-dessous).
Si les douleurs du genou sont fréquentes, elles ne sont que rarement liées à la lésion d'un ménisque.
La fissure est souvent indolore
Ce sont les fissures dites « dégénératives ». Elles sont banales, liées au temps qui passe, découvertes par une IRM. Une fissure du ménisque se traduit sur l'IRM, par un trait blanc, oblique, plus ou moins net, dans l'épaisseur du triangle méniscal.
Certaines sont douloureuses
Ce sont les fissures provoquées par un traumatisme du ménisque (torsion, compression, etc.). La fissure peut alors être complète et détacher un fragment méniscal (souvent appelé une languette dans le compte-rendu). C'est une lésion méniscale mobile, dite « instable ». Les douleurs sont provoquées par la position anormale du fragment, qui peut entrer en conflit avec le cartilage, lors du glissement du fémur sur le tibia.
Comment le ménisque se fissure-t-il ?
- Par l'usure banale du ménisque avec l'âge,
- Suite à un traumatisme :
- Lors d'un incident bénin (en s'accroupissant, en se relevant, en posant un parquet par exemple…)
- Lors d'une entorse du genou où la lésion méniscale peut compliquer la rupture d'un ligament (ligament croisé antérieur surtout).
Schémas simples d'anatomie du ménisque
Les ménisques sont au nombre de deux, l'interne et l'externe. Ils peuvent être comparés à des « joints » posés sur le tibia. Ils augmentent la congruence entre le fémur (arrondi) et le tibia (plat).
Les ménisques du genou vus du dessus. Le ménisque est triangulaire à la coupe et en forme de croissant. La flèche rouge représente une coupe de profil (sagittale) :
Et ce rôle est d'autant plus important qu'il se trouve du côté du genou, en charge lors de la marche et de la course : le ménisque interne pour les jambes arquées (varus) ou le ménisque externe pour les jambes en X (valgus).
Une variation possible est celle du ménisque discoïde : au lieu d'être en forme de croissant, il est plutôt en assiette creuse. Le ménisque discoïde peut être découvert sur une IRM dès l'enfance, car il peut occasionner des craquements, sans gravité, lors des mouvements du genou. Il peut se fissurer ou se casser comme le ménisque habituel.
Vascularisation du ménisque
Le ménisque n'est pas vascularisé à l'exception de sa partie toute périphérique. Une lésion de la pointe ou de la partie moyenne n'a donc aucune chance de cicatriser si une suture est réalisée.
Deux types de fissure
L'usure du temps
Le ménisque s'use avec le temps : il prend un aspect dégénératif sur l'IRM sous la forme d'une fissure oblique blanche (ici surlignée en jaune) dans l'épaisseur du triangle méniscal.
Ces lésions dégénératives sont a priori indolores et anciennes. L'aspect de la surface méniscale est normal en arthroscopie et l'ablation d'une telle « lésion » est sans effet sur les douleurs (par contre très dommageable pour le cartilage...).
La découverte de cette lésion est habituelle par une IRM chez un(e) patient(e) autour de 50 ans, mais cette lésion bénigne peut être observée plus tôt (25–30 ans).
La lésion traumatique, potentiellement instable, chirurgicale
Le ménisque peut aussi se rompre lors d'un mouvement de torsion ou de flexion forcée du genou. Cette lésion est mécanique. La fissure peut libérer partiellement un fragment méniscal, qui devient mobile et provoque une douleur à l'appui. C'est une lésion instable du ménisque. Lorsque le patient n'appuie pas, il y a souvent peu de douleur (sauf la nuit parfois). C'est donc une douleur à l'appui, calmée par le repos.
Images des lésions
Le ménisque normal
Fissure traumatique avec languette
Ici, la fissure est transfixiante, complète et libère une languette : vue du dessus.
Anse de seau méniscale
Blocage méniscal
Crise méniscale aiguë
La douleur
Lorsque ce fragment bouge, il peut venir se coincer entre le fémur et le tibia provoquant une douleur vive, une impression de dérangement interne, de corps étranger ou encore de genou qui se bloque ou se dérobe.
Ceci s'accompagne d'une douleur souvent vive à l'appui, avec deux caractéristiques en faveur du caractère mécanique de la douleur.
- Vous pouvez localiser l'endroit douloureux de manière très précise avec un doigt.
- Le fait de vous asseoir calme nettement la douleur : c'est une douleur à l'appui calmée par le repos.
Gonflement
Le genou gonfle un peu, mais pas toujours.
Blocage possible
Si la lésion forme une anse de seau, elle peut basculer en avant et bloquer le genou en empêchant de le tendre (extension complète impossible). Ce blocage mécanique, handicapant, nécessite une intervention par arthroscopie pour enlever l'obstacle et retrouver l'extension.
Aucune « urgence », mais il est logique d'envisager rapidement l'opération pour débloquer le genou et soulager le ou la patiente.
Diagnostic par l'IRM
La clinique
Le diagnostic de lésion méniscale mécanique, traumatique, est évoqué sur les symptômes ressentis :
- Douleur localisée, sur l'interligne,
- Améliorée par le repos,
- Avec un début brutal, récent.
L'examen clinique retrouve la douleur à la palpation, localisée sur l'interligne articulaire, associée ou non à un petit épanchement.
L'IRM est indispensable pour préciser le diagnostic
Seule l'IRM permet de confirmer la lésion, en visualisant la fissure, et son éventuel caractère instable (qui peut bouger).
IRM de la languette méniscale
Les signes sur l'IRM en faveur d'une lésion mécanique sont la fissure verticale complète et l'amputation (1) de la pointe du triangle méniscal. Le bout du triangle est un morceau du ménisque, qui a migré : la languette.
La languette (1) est retrouvée ici sous le ménisque; elle repousse le ligament interne (3). L'os est un peu blanc (petit œdème osseux) (2) dans l'angle en regard de la languette, témoignant de l'inflammation locale.
IRM de la fissure dégénérative
Kyste méniscal
IRM
C'est une lésion mixte dégénérative et mécanique.
Parfois, la fissure dégénérative (2) traverse horizontalement le ménisque. Le liquide articulaire peut alors s'échapper par la fissure et s'accumuler à l'extérieur du ménisque, formant un « kyste » (1).
Symptômes du kyste méniscal
La douleur est fonction de la pression dans le kyste. Lors d'un effort comme la course à pied, la pression augmente car le liquide une fois sorti ne peut revenir dans le genou (effet clapet du ménisque).
Quelques minutes de repos peuvent suffire pour faire diminuer la pression et permettre la reprise, avec une récidive une vingtaine de minutes après.
Avis chirurgical ?
Son rôle est de faire le lien entre vos symptômes (douleurs, leur type, leur localisation, etc.) et les lésions observées sur l'IRM.
C'est pourquoi il va vous poser beaucoup de questions pour préciser les caractéristiques de vos douleurs. Il va ensuite vous examiner pour rechercher des points douloureux et vérifier les ligaments (genou stable).
La lecture attentive de votre IRM permet de préciser le type de lésion.
L'objectif de la consultation est de repérer une lésion méniscale mécanique, qui pourrait bénéficier, si vous le désirez, d'un traitement chirurgical sous arthroscopie.
Les lésions « chirurgicales » sont celles qui sont « mécaniques ».
Arguments caractère mécanique
La chirurgie se discute si la lésion est mobile, instable : languette ou anse de seau.
Devant une douleur du genou, les arguments en faveur de la responsabilité de la lésion méniscale découverte sur l'IRM sont les suivants :
- Un début brutal, lors d'un incident précis (souvent date et heure !)
- Un blocage mécanique du genou,
- Une douleur récente (et non depuis des années) ou une aggravation récente,
- Le caractère mécanique de la douleur, à l'effort, à l'appui, calmée par le repos,
- Votre localisation précise de la douleur, cohérente avec la lésion sur l’IRM,
- Association +/- à un gonflement du genou,
- Un aspect IRM en faveur d'une lésion mobile, instable,
- Et bien sûr, la présence d'une languette.
Cette notion de responsabilité de la lésion méniscale est essentielle : l'ablation de la lésion méniscale n'améliorera pas les douleurs si la lésion méniscale n'est pas responsable de ces douleurs.
D'une part, il est facile d'imaginer que la lésion découverte sur l'IRM existe depuis longtemps : sa découverte n'implique pas sa responsabilité dans les symptômes actuels.
D'autre part, deux douleurs peuvent coexister, l'une liée à la lésion méniscale, l'autre banale (rotulienne par exemple). La douleur rotulienne (liée à une chondropathie) persistera après l'intervention. Il vaut mieux le savoir avant l'intervention.
Traitement médical
Aucun geste arthroscopique sur la lésion méniscale si elle est dégénérative, sans languette.
Le traitement des douleurs
Le traitement médical, donc le traitement des symptômes (douleurs, gonflement), peut toujours être tenté dans un premier temps, même si c'est une lésion mécanique.
Il comprend le glaçage du genou et la prise de médicaments pour traiter les symptômes (douleurs, gonflement).
Tout en faisant de petits exercices
Ce sont les exercices d'auto-rééducation habituels (surtout si boiterie).
Infiltrations ?
Des infiltrations de corticoïdes peuvent aussi être réalisées, soit dans le genou, soit autour de la partie abîmée du ménisque (périméniscale) pour diminuer l'inflammation et donc la douleur.
Attention au PRP, dont certains vantent les effets sur la lésion méniscale, ce qui n'a jamais été prouvé.
Existe-t-il des traitements naturels des lésions méniscales ?
Non, il n'a jamais été prouvé qu'une substance appliquée localement ou absorbée ait un effet sur la lésion méniscale, dégénérative ou traumatique.
Notez qu'il existe des traitements naturels de la douleur qui peuvent bien sûr être essayés, mais ils seront sans effet sur une lésion du ménisque.
Traitement chirurgical
Ablation simple de la languette
Typiquement, il est logique d'enlever la languette gênante (méniscectomie partielle sous arthroscopie). Une anse de seau est remise à sa place et suturée le plus souvent, si la lésion le permet : Le fragment est plus gros et mieux vascularisé.
Il est important de rappeler ici que l'ablation d'un ménisque, même partielle, n'est pas sans conséquence pour l'avenir du cartilage : risque d'usure plus rapide. Il ne faut donc enlever un fragment que si le diagnostic de languette mobile est très probable et cohérent avec vos symptômes.
La suture méniscale
Elle doit toujours être tentée chez les jeunes patients pour éviter la dégradation du cartilage provoquée par l'ablation du ménisque.
Il s'agit sous arthroscopie de fixer l'une contre l'autre les berges de la fissure : c'est la fixation primaire.
La fixation « secondaire » est la cicatrisation naturelle, où la vascularisation joue un grand rôle.
Cas particulier du kyste méniscal externe
Dans ce cas, il est habituel de d'abord tenter une ou plusieurs infiltration du kyste ou périméniscale. En cas d'insuffisance, il est logique de pratiquer une arthroscopie.
La suture peut se discuter mais la lésion étant souvent multiple, elle peut être incomplète.
Le plus souvent, le chirurgien va élargir la fissure horizontale menant au kyste pour permettre une meilleure circulation du liquide (synovie). Ce geste peut ne pas suffire et être alors suivi d'infiltrations périméniscales.
FAQ – réponses rapides
Une fissure sur l’IRM = opération obligatoire ?
Non. La plupart des fissures sont dégénératives et ne justifient pas une arthroscopie. On discute surtout la chirurgie si la lésion est mécanique (languette, anse de seau), cohérente avec vos symptômes, et résistante à un traitement bien conduit.
Que faire si mon genou se bloque et ne s’étend plus ?
Un blocage mécanique (souvent anse de seau) mérite une évaluation rapide. Ce n’est pas une urgence vitale, mais c’est logique de ne pas traîner pour récupérer l’extension et la marche. Voir aussi : que faire devant un blocage du genou.
Un ménisque peut-il cicatriser tout seul ?
Le PRP ou un traitement « naturel » répare-t-il une fissure ?
À ce jour, il n’a pas été démontré que ces traitements « réparent » une fissure méniscale. En revanche, on peut parfois soulager la douleur avec repos relatif, glace, adaptation d’activité et rééducation.
Autres pages
J'espère que cette page vous a permis de progresser dans la compréhension de la lésion méniscale, qui peut être dégénérative et banale, ou mécanique, avec un fragment mobile (languette) qui, si elle est gênante, peut être enlevée par arthroscopie.
Il ne vous reste qu'à consulter un chirurgien pour faire le point sur vos douleurs et votre genou.
Références
- Sihvonen R, Paavola M, Malmivaara A, et al. Arthroscopic Partial Meniscectomy versus Sham Surgery for a Degenerative Meniscal Tear. N Engl J Med. 2013;369(26):2515-2524. doi: 10.1056/NEJMoa1305189. ↩
- Katz JN, Brophy RH, Chaisson CE, et al. Surgery versus Physical Therapy for a Meniscal Tear and Osteoarthritis. N Engl J Med. 2013;368(18):1675-1684. doi: 10.1056/NEJMoa1301408. ↩
- Siemieniuk RAC, Harris IA, Agoritsas T, et al. Arthroscopic surgery for degenerative knee arthritis and meniscal tears: a clinical practice guideline. BMJ. 2017;357:j1982. doi: 10.1136/bmj.j1982. ↩
- Beaufils P, Becker R, Kopf S, et al. Surgical management of degenerative meniscus lesions: the 2016 ESSKA Meniscus Consensus. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2017. doi: 10.1007/s00167-016-4407-4. ↩