Qu’est-ce que l’inhibition musculaire réflexe (AMI) ?
L’AMI est une inhibition involontaire du quadriceps déclenchée par le genou. Ce n’est pas une “faiblesse par manque de volonté” : même si vous essayez de contracter, le muscle peut se contracter moins fort ou de façon mal coordonnée.
Le genou envoie des signaux (douleur, inflammation, gonflement) qui modifient les messages nerveux, et le système nerveux “met un frein” pour protéger l’articulation. Ce mécanisme a été bien décrit après blessure ou chirurgie du genou 1.
Pourquoi survient-elle après une blessure ou une chirurgie du genou ?
L’AMI est favorisée par :
- la douleur,
- le gonflement (œdème) et l’inflammation,
- la diminution des repères proprioceptifs du genou,
- l’appréhension (mouvement “évité”).
Elle est souvent retrouvée après une entorse avec rupture du LCA ou après une chirurgie du genou. 2.
Quels signes peuvent faire évoquer une AMI ?
Vous pouvez ressentir :
- une difficulté à tendre complètement le genou,
- une impression de “jambe molle” ou de faiblesse du quadriceps,
- une fatigue rapide à la marche ou dans les escaliers,
- parfois une raideur persistante si l’inhibition dure trop longtemps.
À retenir : ces signes sont fréquents au début et ne sont pas forcément inquiétants. L’important est de les prendre en charge rapidement pour éviter qu’ils ne s’installent et de les prévenir en postopératoire.
Prévention par l'autorééducation
La stratégie la plus efficace est simple : agir tôt sur les facteurs qui entretiennent l’inhibition (douleurs et gonflement), et répéter régulièrement des exercices courts.
Une synthèse récente fait le point sur ce sujet 3.
Traitement de l'AMI
Une AMI installée peut être très difficile à gérer mais elle est rare.
Une AMI diagnostiquée tôt ne pose pas trop de problème si le patient ou la patiente adhère au traitement.
Diminuer douleur et gonflement
- Respecter les consignes (appui, glaçage si conseillé, surélévation, compression si indiquée).
- Éviter les activités qui entretiennent l’œdème au début (charges prolongées, station debout longue).
Réactiver le quadriceps
- Contractions volontaires (isométriques) régulières.
- Progression vers des exercices en chaîne fermée (selon la phase de rééducation).
Retrouver l’extension complète
- Exercices doux d’extension, plusieurs fois par jour, sans forcer dans la douleur.
- Fatiguer les ischiojambiers permet de relâcher leur contracture et de favoriser l'extension.
Objectif : marcher la jambe raide, le genou verrouillé.
Retrouver une marche fluide
Après quelques jours de marche "verrouillée" :
- Vous allez sentir que le genou veut marcher normalement; il redevient automatique.
- Il faut lâcher prise, laisser le genou plier en marchant.
- La marche en piscine est un bon outil en alternant marche verrouillée et marche normale.
En pratique
Si, malgré les exercices, vous n’arrivez pas à “retrouver” votre quadriceps ou à tendre le genou, parlez-en à votre kinésithérapeute ou à votre chirurgien : l’AMI peut nécessiter des ajustements (rythme, exercices, modalités complémentaires) pour éviter qu’une raideur ne s’installe 2.
Questions fréquentes
L’AMI est-elle “dans la tête” ?
Non. L’AMI est un phénomène neuromusculaire réflexe : le genou envoie des signaux qui modifient la commande du quadriceps. Vous n'y êtes pour rien, mais vous pouvez changer les choses en portant votre attention sur le genou et stimuler votre quadriceps.. 1.
Combien de temps peut durer l’AMI ?
La récupération de l’extension varie selon la douleur, le gonflement, l'ancienneté du flessum. Le plus souvent, elle s’améliore progressivement avec une prise en charge adaptée.
Que faire si je n’arrive pas à tendre le genou ?
Il faut en parler : le travail de l’extension doit devenir votre priorité. L’objectif est d’éviter que s'installe une raideur persistante en flexion. 3.
Je fais du vélo en kiné et j'aurais une AMI ?
Régulièrement en consultation, si on teste le quadriceps, on est surpris de découvrir une absence de réaction. Pourtant le ou la patiente nous dit être en kiné, ou faire du vélo régulièrement.
Il est manifestement possible de "faire" en compensant l'absence de réactivité quadricipitale. Ces genoux sont d'ailleurs souvent douloureux pendant et après les séances de musculation...
Références
- Lepley AS, Lepley LK. Mechanisms of Arthrogenic Muscle Inhibition. J Sport Rehabil. 2021;31(6):707-716. doi: 10.1123/jsr.2020-0479. PubMed: 34470911. Retour au texte
- Sonnery-Cottet B, Ripoll T, Cavaignac E. Prevention of knee stiffness following ligament reconstruction: Understanding the role of Arthrogenic Muscle Inhibition (AMI). Orthop Traumatol Surg Res. 2024;110(1S):103784. doi: 10.1016/j.otsr.2023.103784. PubMed: 38056774. Retour au texte
- Paço M, et al. The Effect of Physiotherapy on Arthrogenic Muscle Inhibition After ACL Injury or Reconstruction: A Systematic Review. Life (Basel). 2024;14(12):1586. doi: 10.3390/life14121586. Article: MDPI. Retour au texte