Prothèse du genou
Rééducation après une prothèse du genou : autorééducation, kinésithérapie
Mise à jour le 29 novembre 2025 – Rédigé par le Dr J. E. Perraudin, chirurgien orthopédiste.
La rééducation après prothèse du genou repose avant tout sur votre engagement personnel dans l’autorééducation, en complément du travail réalisé avec le kinésithérapeute.
En pratique : l’essentiel de la récupération se joue dans les premiers jours, les premières semaines, grâce à des exercices simples et réguliers, adaptés à votre douleur.
Objectifs
La rééducation après prothèse du genou a plusieurs objectifs : permettre une marche fluide et sécurisée, récupérer de bonnes amplitudes articulaires, un genou indolore ou presque, et retrouver une autonomie confortable dans les activités du quotidien [1][2].
Avant l’opération
La rééducation commence en réalité avant l’intervention, par quelques exercices simples que vous apprenez à faire :
- Exercices pour entretenir la force du quadriceps et des fessiers.
- Travail de mobilisation douce du genou dans les amplitudes non douloureuses.
- Apprentissage des exercices que vous reprendrez après l’opération.
Cette préparation facilite la reprise de la marche et des exercices dans les jours qui suivent la mise en place de la prothèse et améliore souvent la récupération fonctionnelle globale [3] [4].
Les premiers jours
La rééducation débute juste après l’opération :
- Lever précoce, dès le soir ou le lendemain de l’opération, avec l’aide du kinésithérapeute.
- Marche « genou verrouillé » avec béquilles et apprentissage des consignes de sécurité.
- Utilisation d’un appareil de mobilisation (type « Kinétech ») pour vous entraîner à laisser votre genou plier.
- Exercices simples pour entretenir la mobilité du genou et activer les muscles.
- Mesures pour limiter l’œdème : surélévation, glaçage, contractions musculaires.
L’objectif est que vous soyez à l’aise pour rentrer à domicile en toute sécurité, avec un genou déjà mobilisé, une marche débutée et un programme de rééducation bien expliqué [5].
Les grandes étapes
- J0 à J5 – Première semaine : lever précoce avec le kinésithérapeute, marche avec béquilles, travail de l’extension complète et de la flexion douce. Glaçage et surélévation du genou plusieurs fois par jour.
- S2 à S4 – Deuxième à quatrième semaine : renforcement musculaire progressif, amélioration de la flexion (souvent 90–100°), diminution progressive du gonflement. Passage à une seule béquille selon l’équilibre et la douleur.
- Après 1 mois : marche plus fluide, poursuite des exercices quotidiens, reprise possible du vélo d’appartement selon la flexion. Point avec votre chirurgien pour adapter les activités.
Une rééducation précoce mais adaptée à votre douleur, avec des exercices réguliers, permet en général une récupération plus rapide de la force et de la fonction du genou [6].
Retour à domicile
À la sortie de la clinique, il est important d’anticiper :
- L’aménagement du domicile : limitation des escaliers, chaise stable, barres d’appui éventuelles.
- La poursuite de la prise en charge de la douleur selon l’ordonnance.
- Les rendez-vous de kinésithérapie en ville ou en centre.
Vous repartez avec des consignes d’autorééducation et un programme simple à répéter plusieurs fois par jour.
Centre de rééducation ?
Mieux vaut rentrer chez vous après l'opération !
Parfois, un séjour dans un centre est indispensable pour les personnes vivant seules. Rappelons que la rééducation du genou opéré, même en centre, doit rester indolore +++. Le risque est d'en faire trop !.
Vos exercices d’autorééducation
Les exercices d’autorééducation complètent le travail fait avec le kinésithérapeute :
- Travail de l’extension complète du genou (en position allongée, jambe tendue).
- Mobilisation progressive en flexion, dans la limite d’une douleur acceptable.
- Contractions statiques du quadriceps et du moyen fessier.
- Exercices de cheville pour favoriser le retour veineux.
Ces exercices doivent être faits régulièrement, plusieurs dizaines de fois par jour, sur de courtes durées : c’est leur répétition quotidienne, plus que leur intensité, qui conditionne une bonne récupération fonctionnelle[3][7].
La flexion
Quel est l’objectif de flexion après une prothèse de genou ?
L’objectif, après la pose d’une prothèse, est d’obtenir au moins la même flexion qu’avant l’opération. L’idéal est de retrouver une flexion de 110–120°, mais tout dépend de la flexion du genou en préopératoire.
Prévention de la raideur
La raideur doit être prévenue par une participation active du patient à sa rééducation (travail personnel de la flexion) aidée par le kinésithérapeute après l’opération.
Causes de raideur
Les causes de raideur sont multiples : douleur postopératoire, peur de la douleur ou de « casser » ce qui a été fait, difficultés d’organisation de la rééducation, inflammation importante du genou, survenue d’un hématome, etc.
Première cause : la douleur
La première cause de la raideur est la douleur : la flexion du genou est techniquement possible dès le réveil de l’intervention, mais le problème pour le patient est de laisser plier son genou.
- Le traitement de la douleur est donc primordial.
- Il faut aussi éviter de forcer le genou en rééducation : vouloir en faire trop (patient ou kiné) est souvent synonyme de genou douloureux et gonflé, avec risque de raideur secondaire.
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D’où l’importance :
- De l’engagement du ou de la patient(e) dans son autorééducation ;
- D’une bonne collaboration entre le kinésithérapeute et le chirurgien.
La peur de plier, la peur de la douleur
Il n’y a aucun risque à plier le genou si vous le faites vous-même. Apprendre à se détendre et à faire confiance à la prothèse aide à laisser plier le genou dès le début.
Évolution habituelle de la flexion
- Les progrès sont en général rapides au début, jusqu’à environ 90° de flexion, parfois même avant la sortie de la clinique.
- Les progrès sont ensuite plus lents, mais peuvent se poursuivre dans les 6 mois qui suivent l’intervention. L’aide d’un kinésithérapeute est utile à condition de ne pas forcer.
Intérêt du travail en piscine
Les patients décrivent souvent le travail en piscine comme « magique ». Marcher dans l’eau, travailler la flexion en balnéothérapie chez un kiné ou simplement en piscine municipale lorsque c’est possible, permet d’assouplir le genou avec moins de contraintes.
Si la flexion ne progresse pas
Dans les premières semaines
Si la flexion n’atteint pas 90° vers la 6e semaine postopératoire, il est logique d’envisager une mobilisation douce du genou sous anesthésie : il s’agit de plier le genou très progressivement pendant l’anesthésie pour vaincre les adhérences en cours de formation.
Comme tout geste opératoire, cette mobilisation comporte ses propres risques (fracture de la rotule, par exemple). C’est pourquoi il est conseillé de la réaliser vers 6–8 semaines et plutôt avant 3 mois, car les adhérences deviennent ensuite plus dures et nécessitent une section chirurgicale (arthrolyse).
Cette mobilisation permet en général de dépasser les 90° pendant l’anesthésie. C’est ensuite votre travail de rééducation douce et régulière qui permet de conserver et d’entretenir l’amplitude obtenue.
Après les trois premiers mois
Une raideur persistante, malgré la rééducation et une mobilisation sous anesthésie, peut nécessiter une arthrolyse chirurgicale, voire le changement de certains éléments de la prothèse. Cette intervention (rare) se fait le plus souvent sous arthroscopie dans un premier temps, suivie d’une rééducation intensive, parfois en centre spécialisé.
La kinésithérapie
Le kinésithérapeute vous accompagne pour :
- Récupérer les amplitudes articulaires (extension et flexion).
- Renforcer progressivement la musculature de la cuisse et de la hanche.
- Travailler la marche, la montée et la descente des escaliers.
- Reprendre confiance dans le genou au quotidien.
La durée moyenne de la rééducation est de 2 à 3 mois, mais les progrès peuvent se poursuivre au-delà.
Une attention particulière est portée au quadriceps, car une perte importante de force musculaire est fréquente dans les premières semaines après l’opération et nécessite un travail spécifique et progressif[8].
Reprise de la marche
La progression est individuelle, mais on peut donner quelques repères :
- Marche avec béquilles pendant les premières semaines, puis diminution progressive.
- Reprise de la marche sans aide en général entre la 3e et la 6e semaine.
- Reprise du vélo d’appartement dès que la flexion le permet, en accord avec le kinésithérapeute.
- Reprise de la conduite et de certaines activités professionnelles après avis médical.
L’objectif n’est pas la performance sportive, mais une marche confortable et des activités adaptées à votre situation.
La durée habituelle de la rééducation est de l’ordre de 2 à 3 mois en ville ou en centre, avec une poursuite spontanée des progrès pendant plusieurs mois après la fin des séances formelles[9].
Questions fréquentes
Voici les réponses aux questions les plus souvent posées pendant la rééducation après prothèse du genou.
Quand commencer les exercices après l’opération ?
Les exercices commencent dès la clinique, avec l’équipe de rééducation. À domicile, vous poursuivez l’autorééducation plusieurs fois par jour, en restant dans des limites de douleur acceptables (vous devez pouvoir « parler en faisant l’exercice »).
Est-il normal que le genou reste gonflé et chaud ?
Un gonflement et une sensation de chaleur sont fréquents pendant plusieurs semaines après la mise en place de la prothèse. Ils doivent cependant diminuer progressivement. Le glaçage, l’élévation de la jambe et la marche sans excès aident à les limiter.
Combien de temps garder les béquilles ?
La plupart des patients utilisent deux béquilles pendant les premières semaines, puis une seule. La marche sans aide est généralement possible entre la 3e et la 6e semaine, selon la douleur, la force musculaire et l’équilibre.
Que faire si la flexion du genou stagne ?
Un plateau dans la récupération de la flexion est fréquent. Il est important de poursuivre les exercices d’autorééducation et le travail avec le kinésithérapeute. Si la flexion reste limitée, un point est fait avec votre chirurgien pour adapter le programme, voire discuter d’autres options.
Quand puis-je reprendre la conduite et le travail ?
La reprise de la conduite est discutée au cas par cas, en fonction du côté opéré, de la douleur et du contrôle musculaire; souvent possible après 4-6 semaines.
La reprise du travail dépend de la nature de votre activité et se fait en accord avec votre chirurgien et votre médecin traitant; souvent après 2-3 mois postopératoires.
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Références scientifiques
Certaines références sont en anglais, mais vous pouvez en obtenir une traduction automatique via votre navigateur.
- Jette DU, Hunter SJ, Burkett L, et al. Physical therapist management of total knee arthroplasty. Phys Ther. 2020;100(9):1603-1631. DOI : 10.1093/ptj/pzaa099 ↩ retour au texte
- Bandholm T, Wainwright TW, Kehlet H. Rehabilitation strategies for optimisation of functional recovery after major joint replacement. J Exp Orthop. 2018;5(1):44. DOI : 10.1186/s40634-018-0154-9 ↩ retour au texte
- Minns Lowe CJ, Barker KL, Dewey M, Sackley CM. Effectiveness of physiotherapy exercise after knee arthroplasty for osteoarthritis: systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. BMC Musculoskelet Disord. 2007;8:50. DOI : 10.1186/1471-2474-8-50 ↩ retour au texte
- Kuhn DR, Masaracchio M, McNamara T, Lazaro RT. The effect of preoperative exercise on total knee replacement outcomes: a systematic review and meta-analysis. Physiother Theory Pract. 2021;37(9):951-965. DOI : 10.1080/09593985.2019.1688732 ↩ retour au texte
- Papalia R, Vasta S, Albo E, Maffulli N, Denaro V. Post-operative management of total knee arthroplasty: the role of rehabilitation and physical therapy protocols. Joints. 2015;3(4):197-203. DOI : 10.11138/jts/2015.3.4.197 ↩ retour au texte
- Bade MJ, Stevens-Lapsley JE. Early high-intensity rehabilitation following total knee arthroplasty improves outcomes. J Orthop Sports Phys Ther. 2011;41(12):932-941. DOI : 10.2519/jospt.2011.3734 ↩ retour au texte
- Pozzi F, White DK, Snyder-Mackler L, Zeni JA. Restoring physical function after knee replacement: a cross-sectional comparison of progressive strengthening vs standard physical therapy. Physiother Theory Pract. 2018;34(6):??-??. DOI : 10.1080/09593985.2018.1477491 ↩ retour au texte
- Mizner RL, Petterson SC, Stevens JE, Vandenborne K, Snyder-Mackler L. Early quadriceps strength loss after total knee arthroplasty: the contributions of muscle atrophy and failure of voluntary muscle activation. J Bone Joint Surg Am. 2005;87(5):1047-1053. DOI : 10.2106/JBJS.D.01992 ↩ retour au texte
- Rupp S, Wydra G. Rehabilitation following total knee replacement. Orthopade. 2012;41(2):126-135. DOI : 10.1007/s00132-011-1755-1 ↩ retour au texte